Mis à jour le 9 octobre 2026
- Les compléments à base de levure de riz rouge contiennent de la monacoline K, une substance identique à la lovastatine, une statine (ANSM, ANSES).
- Le Vidal indique que plusieurs études cliniques montrent une baisse du cholestérol sanguin ; mais ces produits exposent aux mêmes effets indésirables que les statines, surtout musculaires et hépatiques (ANSM, ANSES).
- En 2025, l’EFSA a conclu que la sécurité des monacolines de levure de riz rouge n’est pas établie en dessous de 3 mg par jour et qu’aucun apport sans risque n’a pu être identifié.
- Le règlement européen 2022/860 limite ces compléments et impose des mises en garde : ne pas les consommer sous traitement hypocholestérolémiant, enceinte ou allaitante, avant 18 ans ou après 70 ans.
- Ils ne remplacent pas un traitement : parlez-en à votre médecin avant d’en prendre, et n’arrêtez jamais un traitement prescrit de votre propre initiative.
La levure de riz rouge est un riz fermenté par un champignon, utilisé en complément alimentaire par des personnes qui cherchent à agir sur leur cholestérol. Sa particularité : elle contient de la monacoline K, une substance chimiquement identique à la lovastatine, une statine. Ce n’est donc pas un simple produit « naturel », mais un complément qui se comporte, en partie, comme un médicament, avec les effets et les risques qui vont avec.
Cet article reprend ce que disent l’ANSES, l’ANSM, le Vidal, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le règlement européen de 2022 et l’Assurance maladie : ce que l’on sait de l’effet sur le cholestérol, les effets indésirables rapportés, le cadre réglementaire, les personnes concernées par les mises en garde et ce que recommande la médecine. Il ne donne ni dose ni marque : seul votre médecin peut évaluer ce qui vous convient.
Qu’est-ce que la levure de riz rouge, et pourquoi la relie-t-on au cholestérol ?
L’ANSES décrit la levure de riz rouge comme une moisissure rouge cultivée sur du riz, utilisée dans des compléments qui revendiquent le maintien d’un taux normal de cholestérol. Elle contient des monacolines, dont la monacoline K. Cette dernière a une activité de type statine, parce qu’elle inhibe l’HMG-CoA réductase, une enzyme impliquée dans la fabrication du cholestérol par l’organisme. Elle est vendue comme médicament sous le nom de lovastatine dans plusieurs pays, mais pas en France.
L’ANSM (point d’information du 14 février 2013, version archivée) précise que la monacoline K possède les mêmes caractéristiques chimiques que les statines : à forte dose, elle peut donc avoir une action hypocholestérolémiante et les mêmes effets indésirables. Le Vidal (page du 18 août 2014) ajoute que la teneur en monacoline K varie selon l’origine de la levure, et que ces produits ne sont pas dosés de manière standard en dehors de l’Asie, où ils sont considérés comme des médicaments. Un complément n’en contient donc pas forcément la même quantité d’un produit à l’autre.
Que montrent les études sur le cholestérol ?
Le Vidal indique que « plusieurs études cliniques » ont montré que ces compléments réduisent le cholestérol sanguin, et rappelle qu’en 2012 l’EFSA et la Commission européenne ont admis une allégation de maintien d’un taux normal de LDL-cholestérol, sous condition d’une teneur minimale en monacoline K. C’est de là que viennent les formulations commerciales sur le « maintien d’un taux normal de cholestérol ».
Ce constat doit être lu avec deux réserves. D’abord, l’effet attribué à la monacoline K est celui d’une statine : la baisse du cholestérol ne peut pas être dissociée du risque d’effets indésirables de même nature. Ensuite, l’évaluation de la sécurité a beaucoup évolué depuis : en 2025, l’EFSA a conclu qu’elle ne pouvait établir la sécurité de ces monacolines en dessous de 3 mg par jour (voir plus bas). Les pages consultées pour cet article ne permettent pas de dire qu’une quantité particulière de levure de riz rouge soit à la fois efficace et sans risque.
L’ANSES rappelle enfin qu’un cholestérol élevé est un facteur de risque et non une maladie en soi, et que sa prévention repose d’abord sur une alimentation variée et une activité physique régulière.
Quels effets indésirables ont été signalés ?
Dans son avis publié le 18 mars 2014, l’ANSES indique avoir reçu 25 signalements bien documentés d’effets indésirables possibles dans le cadre de la nutrivigilance. Dans 12 cas, le lien avec la prise du complément était jugé « très vraisemblable » ou « vraisemblable ». La plupart concernaient des atteintes musculaires, souvent des douleurs musculaires intenses, et trois cas des atteintes du foie, seules ou associées à l’atteinte musculaire. L’agence relève que ces cas ressemblent beaucoup à ceux documentés dans la littérature pour la lovastatine.
L’ANSM décrit des effets analogues à ceux des statines : surtout musculaires, avec des douleurs, et hépatiques, avec une hausse des enzymes du foie et parfois une jaunisse. Le Vidal cite aussi des troubles digestifs, des maux de tête, de la fatigue et des vertiges, et indique que des crampes, des douleurs ou une faiblesse musculaire inexpliquées imposent une consultation médicale immédiate. Il signale enfin que certains compléments contiennent de la citrinine, une mycotoxine susceptible d’abîmer les reins.
Ces données datent de 2013 et 2014 : elles ne mesurent pas la fréquence actuelle des effets, mais elles restent la base des mises en garde reprises depuis.
Que disent la réglementation européenne et l’EFSA ?
Le règlement (UE) 2022/860 de la Commission du 1er juin 2022 a ajouté les « monacolines de la levure de riz rouge » à l’annexe III du règlement (CE) n° 1925/2006. Il est entré en vigueur le 22 juin 2022. Il prévoit qu’une portion individuelle pour la consommation journalière contienne moins de 3 mg de monacolines. L’étiquette doit indiquer la teneur en monacolines par portion et comporter des avertissements : ne pas consommer le produit en cas de traitement hypocholestérolémiant, et ne pas le consommer si l’on est enceinte ou allaitante, âgé de moins de 18 ans ou de plus de 70 ans.
Ce règlement s’appuie sur un avis de l’EFSA adopté le 25 juin 2018. D’après le règlement, l’EFSA y relevait qu’une consommation pouvait exposer à des niveaux équivalents aux doses thérapeutiques de lovastatine, et signalait des cas individuels de réactions indésirables sévères, dont rhabdomyolyse et hépatite, dès 3 mg par jour, ainsi que l’impossibilité de recommander une dose journalière sûre.
En 2025, l’EFSA a examiné de nouvelles données transmises pendant la période de contrôle de l’Union. Son avis répète que l’exposition à la monacoline K issue de la levure de riz rouge à des niveaux aussi bas que 3 mg par jour pourrait entraîner des effets indésirables sévères sur le système musculo-squelettique et le foie. Les données ne permettent pas d’établir la sécurité en dessous de 3 mg par jour, et aucun apport journalier ne soulevant pas de préoccupation de sécurité n’a pu être identifié. Autrement dit, le seuil réglementaire de 3 mg n’est pas une garantie d’innocuité.
Qui doit s’abstenir, et quelles interactions faut-il connaître ?
L’ANSES déconseille ces compléments aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants et adolescents, aux personnes de plus de 70 ans, aux personnes présentant une insuffisance rénale, une maladie musculaire, une hypothyroïdie non traitée ou une maladie du foie évolutive, aux grands consommateurs de pamplemousse ou d’alcool, et aux personnes qui prennent des statines ou qui en ont arrêté à cause d’effets indésirables, sauf avis contraire d’un médecin. L’agence recommande par ailleurs une surveillance médicale, avec un bilan du foie avant la prise et un suivi musculaire et hépatique.
Côté interactions, l’ANSM cite les fibrates et d’autres médicaments pouvant interagir avec les statines, ainsi que le pamplemousse, qui augmente le taux de lovastatine dans le sang. Le Vidal complète la liste : anticoagulants, antifongiques, antiprotéases du VIH, certains antiarythmiques et certains antibiotiques. Si vous suivez l’un de ces traitements, la question n’est pas de savoir s’il faut « essayer » un complément, mais de demander l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant tout achat.
Que recommande la médecine pour un cholestérol trop élevé ?
Selon l’Assurance maladie (page mise à jour le 8 janvier 2026), la prise en charge d’un excès de cholestérol ou de triglycérides repose d’abord sur le mode de vie : arrêt du tabac, lutte contre la sédentarité, alimentation de type méditerranéen, limitation du sel, de la viande rouge, des sucres rapides et des graisses saturées, et maîtrise du poids. Si le mode de vie ne suffit pas, le médecin peut prescrire des médicaments, les statines étant le premier choix en cas d’hypercholestérolémie. Les effets possibles incluent des douleurs musculaires et une hausse des enzymes du foie.
La même page précise qu’un traitement prescrit ne doit être ni modifié ni arrêté sans avis médical, même si l’on se sent bien, et qu’il faut éviter l’automédication sans conseil du pharmacien. Un complément ne remplace donc pas ce suivi. Pour une personne dont le cholestérol a été jugé élevé par son médecin, la question d’un complément doit être posée à ce même médecin.
Liens cités dans l’article d’origine. Page du site : l’alimentation. Article d’un site tiers, non évalué par la rédaction : les aliments les plus riches en cholestérol.
Questions fréquentes
La levure de riz rouge est-elle une statine ?
Elle contient de la monacoline K, identique à la lovastatine, une statine, selon l’ANSM et l’ANSES. Dans les compléments, la teneur varie selon les produits. Ce n’est donc pas une simple plante : elle agit en partie comme un médicament.
Peut-on prendre de la levure de riz rouge avec une statine ?
L’ANSES déconseille ces compléments aux personnes sous statines, sauf avis d’un médecin, car le risque de surdosage et d’effets indésirables est accru. Parlez-en à votre médecin avant toute prise.
Quels sont les effets indésirables de la levure de riz rouge ?
Ils ressemblent à ceux des statines : douleurs musculaires, parfois atteintes du foie (ANSM, ANSES). Des crampes, des douleurs ou une faiblesse musculaire inexpliquées imposent de consulter rapidement un médecin, selon le Vidal.
La levure de riz rouge est-elle sûre à faible dose ?
L’EFSA a conclu en 2025 que les données ne permettent pas d’établir la sécurité des monacolines de levure de riz rouge en dessous de 3 mg par jour, et qu’aucun apport sans préoccupation n’a pu être identifié.
Pourquoi les pamplemousses posent-ils problème ?
L’ANSM indique que le pamplemousse, en fruit ou en jus, augmente le taux de lovastatine dans le sang. Le Vidal précise que cela accroît le risque de toxicité des monacolines.
Qui ne doit pas consommer ces compléments ?
Le règlement européen 2022/860 prévoit un avertissement pour les femmes enceintes ou allaitantes, les moins de 18 ans, les plus de 70 ans et les personnes sous traitement hypocholestérolémiant. L’ANSES ajoute notamment les maladies du foie ou des muscles.
Pour aller plus loin
- Levure de bière revivifiable : ce que disent les sources
- Cholestérol élevé : alimentation, activité physique et suivi médical
- Compléments alimentaires naturels : avantages, limites et risques
- Compléments alimentaires : risques, précautions et bon usage
Sources
- EFSA : Scientific opinion on additional scientific data related to the safety of monacolins from red yeast rice (EFSA Journal, 2025) — sécurité non établie en dessous de 3 mg par jour, aucun apport sans préoccupation identifié
- Union européenne : Règlement (UE) 2022/860 de la Commission du 1er juin 2022 — limite de 3 mg par portion journalière, étiquetage, mises en garde, avis EFSA de 2018
- ANSES : Food supplements containing red yeast rice, ask a healthcare professional (18 mars 2014) — signalements de nutrivigilance, populations à risque, recommandations ; voir aussi ANSES : Red yeast rice-based food supplements (29 août 2014)
- ANSM : Compléments alimentaires à base de levure de riz rouge, mises en garde (14 février 2013, archive) — monacoline K = lovastatine, effets indésirables, interactions
- Vidal : Levure de riz rouge, complément alimentaire (18 août 2014) — études cliniques, allégation de 2012, citrinine, interactions
- Assurance maladie (ameli) : Cholestérol et/ou triglycérides élevés, quel traitement ? (8 janvier 2026) — mode de vie, statines, ne pas arrêter un traitement sans avis
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

