Image default

Millepertuis et dépression : preuves, interactions et précautions

Information de bien-être. Cet article a une vocation éducative. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de santé. En cas de symptôme ou de maladie, consultez un médecin.

Mis à jour le 9 octobre 2026

En bref

  • Le millepertuis (Hypericum perforatum) est utilisé par voie orale pour des états dépressifs transitoires, légers à modérés ; Vidal juge qu’il semble insuffisamment efficace dans les formes modérées à graves.
  • Les preuves sont mitigées : le NCCIH rapporte des essais sans bénéfice par rapport au placebo et une revue plus favorable, avec un rôle possible de l’effet placebo. Le NHS indique qu’il pourrait aider les formes légères mais que ce n’est pas démontré.
  • Son principal risque est l’interaction : il peut réduire l’efficacité de nombreux médicaments (contraceptifs oraux, anticoagulants, antirétroviraux, immunosuppresseurs) et, avec certains antidépresseurs, exposer à un syndrome sérotoninergique.
  • Il est contre-indiqué en cas de trouble bipolaire et peut provoquer une photosensibilité ; sa sécurité n’est pas établie pendant la grossesse et l’allaitement.
  • Une dépression se prend en charge avec un médecin : l’OMS cite les psychothérapies en première intention, et n’estime pas les antidépresseurs nécessaires dans les formes légères.

Sur le sujet millepertuis et dépression, les sources de santé sont prudentes : cette plante fait partie des plus citées pour le moral, mais ses résultats dans la dépression sont mitigés et ses interactions médicamenteuses sont nombreuses. Naturel ne veut pas dire sans risque, et une dépression ne se prend pas en charge sans avis médical.

Cet article rassemble ce que disent le NCCIH, Vidal, le NHS et l’OMS sur l’efficacité du millepertuis, ses effets indésirables, ses contre-indications et la place qu’il peut avoir dans une prise en charge. Il ne donne ni posologie ni durée de cure.

Qu’est-ce que le millepertuis et à quoi est-il utilisé ?

Le millepertuis (Hypericum perforatum) est une plante utilisée depuis longtemps en phytothérapie. Selon la fiche Vidal (mise à jour en juin 2019), elle est employée par voie locale pour des brûlures superficielles, des irritations ou des piqûres d’insectes, et par voie orale pour des états dépressifs transitoires, légers à modérés.

La même fiche précise que le millepertuis semble insuffisamment efficace dans les dépressions modérées à graves. Elle recommande de consulter un médecin avant d’en prendre en cas de symptômes dépressifs, et un usage sous contrôle médical, avec ou sans ordonnance.

La qualité des produits est un autre point d’attention. Le NHS explique que la quantité de principes actifs varie selon les marques et les lots, ce qui rend l’effet imprévisible, et que les médecins ne le recommandent pas.

Que montrent les études sur le millepertuis dans la dépression ?

Les résultats sont contrastés. Le Centre national américain de santé complémentaire et intégrative (NCCIH) résume ainsi la recherche : un essai de 2011 n’a montré aucun bénéfice du millepertuis ni du citalopram par rapport au placebo dans la dépression légère ; un essai de 26 semaines a trouvé une efficacité similaire entre le millepertuis, la sertraline et le placebo dans la dépression majeure modérée ; un essai de 2002 n’a pas non plus montré d’avantage sur le placebo.

À l’inverse, une revue de 2008 portant sur 29 études suggère un effet supérieur au placebo, comparable à celui d’antidépresseurs classiques dans les formes légères à modérées, avec moins d’effets indésirables. Les études menées dans les pays germanophones, où la plante est traditionnellement utilisée, étaient plus favorables que les autres. Le NCCIH souligne que l’effet placebo peut jouer un rôle important et que ses informations, datées de décembre 2017, peuvent ne plus refléter les données actuelles.

Le NHS conclut de son côté que le millepertuis pourrait aider dans la dépression légère, sans que cela soit démontré. En l’état des connaissances, on ne peut donc ni affirmer qu’il est efficace, ni qu’il peut remplacer un traitement.

Pourquoi les interactions médicamenteuses sont-elles le principal risque ?

Selon Vidal, le millepertuis active une enzyme du foie sous l’effet de l’hyperforine, ce qui peut accélérer l’élimination de nombreux médicaments et réduire leur efficacité. La fiche évoque plus de soixante-dix substances ou familles de substances concernées.

Les médicaments cités par Vidal et le NCCIH comprennent notamment les antidépresseurs, les contraceptifs oraux, les anticoagulants (dont la warfarine), les antiépileptiques, les immunosuppresseurs comme la ciclosporine, la digoxine, la plupart des antirétroviraux contre le VIH, certains anticancéreux (irinotécan), certains antalgiques (oxycodone) et les triptans. Vidal mentionne aussi des plantes et compléments possiblement concernés, comme le ginkgo, la valériane, l’aubépine, la passiflore, le 5-HTP et la SAMe.

Associé à certains antidépresseurs, le millepertuis expose à un syndrome sérotoninergique, potentiellement mortel selon le NCCIH : agitation, diarrhée, accélération du cœur, hypertension, hallucinations, fièvre. L’Inserm rappelle, sur Santé.fr, que pris sans contrôle médical il réduit l’efficacité de nombreux traitements, dont les contraceptifs, les antirétroviraux et les antiépileptiques.

Le conseil de Vidal est clair : demander l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien avant de prendre un produit à base de millepertuis, quel que soit le traitement déjà en cours.

Quels autres effets indésirables et contre-indications connaître ?

Les effets indésirables courants sont généralement mineurs : troubles digestifs, bouche sèche, maux de tête, fatigue, vertiges, confusion. Le millepertuis étant stimulant, il peut aggraver l’anxiété chez certaines personnes (NCCIH).

La photosensibilisation est un point important : Vidal décrit des rougeurs, des démangeaisons et de petits boutons, surtout chez les personnes à peau claire, même après une exposition modérée aux UV, et conseille d’éviter le soleil et les lampes à bronzer.

  • Trouble bipolaire : Vidal le considère comme une contre-indication, en raison du risque de crises maniaques ; le NCCIH signale des cas isolés d’aggravation de symptômes psychotiques chez des personnes atteintes de trouble bipolaire ou de schizophrénie.
  • Grossesse et allaitement : le NCCIH juge les données de sécurité insuffisantes, le NHS recommande de l’éviter et Vidal rapporte que l’OMS et le NIH le déconseillent.
  • Enfants : les données sont insuffisantes ; demandez un avis médical.
  • Allergie connue au millepertuis : contre-indication.

Que recommandent les autorités pour la dépression ?

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les psychothérapies sont le traitement de première intention de la dépression : activation comportementale, thérapies cognitivo-comportementales, psychothérapie interpersonnelle, thérapie de résolution de problèmes. Dans les formes modérées ou sévères, elles peuvent être associées à des antidépresseurs, alors que ces derniers ne sont pas nécessaires dans la forme légère.

Le NHS décrit une approche par niveaux. Dans la dépression légère : surveillance attentive avec un suivi par le médecin, autotraitement guidé inspiré des thérapies cognitivo-comportementales, exercice physique, puis thérapies par la parole si l’état ne s’améliore pas. Dans les formes modérées à sévères : antidépresseurs prescrits par un médecin, souvent associés à une thérapie, et équipe de santé mentale pour les formes sévères.

Le millepertuis ne figure pas parmi ces stratégies de première ligne. S’il vous intéresse, parlez-en d’abord à votre médecin, qui pourra vérifier la compatibilité avec vos traitements et suivre votre état.

Quand consulter, et que faire en cas de pensées sombres ?

L’OMS décrit la dépression comme une humeur dépressive ou une perte d’intérêt et de plaisir qui durent la majeure partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, avec des symptômes comme des troubles du sommeil, des changements d’appétit, une fatigue importante ou des difficultés de concentration. Elle recommande de consulter un professionnel de santé dès l’apparition de symptômes dépressifs. Le NHS formule le même seuil pour consulter un médecin généraliste.

Si vous avez des idées de mort ou de suicide, parlez-en sans attendre à une personne de confiance ou à un médecin, et ne restez pas isolé(e). En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence ou une ligne de crise, comme le conseille l’OMS.

Ne remplacez jamais un traitement prescrit par du millepertuis, n’ajoutez pas de millepertuis à un antidépresseur sans avis médical, et n’arrêtez pas un traitement de votre propre initiative.

Questions fréquentes

Le millepertuis peut-il être pris avec un antidépresseur ?

Pas sans avis médical. Le NCCIH indique que l’association avec certains antidépresseurs peut provoquer un syndrome sérotoninergique, potentiellement mortel, et Vidal cite les antidépresseurs parmi les médicaments dont l’efficacité peut être réduite. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute association.

Le millepertuis réduit-il l’efficacité de la pilule contraceptive ?

Oui, c’est une interaction décrite par le NCCIH, le NHS et Vidal : le millepertuis peut réduire l’efficacité des contraceptifs oraux. Si vous prenez un contraceptif, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant de consommer du millepertuis.

Faut-il éviter le soleil quand on prend du millepertuis ?

Vidal décrit des réactions de photosensibilisation, surtout chez les personnes à peau claire : rougeurs, démangeaisons, petits boutons, même après une exposition modérée aux UV. La fiche conseille d’éviter le soleil et les lampes à bronzer.

Peut-on prendre du millepertuis pendant la grossesse ou l’allaitement ?

Les données de sécurité sont insuffisantes selon le NCCIH, et le NHS recommande de l’éviter. Vidal rapporte que l’OMS et le NIH le déconseillent pendant la grossesse et l’allaitement. Demandez toujours l’avis d’un professionnel de santé.

Le millepertuis convient-il en cas de trouble bipolaire ?

Non. Vidal indique que les troubles bipolaires constituent une contre-indication, en raison du risque de crises maniaques. Le NCCIH signale aussi des cas isolés d’aggravation de symptômes psychotiques chez des personnes atteintes de trouble bipolaire ou de schizophrénie.

Peut-on acheter du millepertuis sans ordonnance ?

Il est vendu en pharmacie et en magasins diététiques, d’après le NHS, qui précise que les médecins ne le recommandent pas. Vidal conseille un usage sous contrôle médical, avec ou sans ordonnance, et l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien avant toute prise.

Pour aller plus loin

Sources

Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.



A lire aussi

Phytothérapie et plantes médicinales : usages, preuves, précautions

Claire Garnier

Huile essentielle de tea tree : ce que disent les études

Claire Garnier

Aromathérapie scientifique : ce que montrent les études

Claire Garnier