Mis à jour le 9 octobre 2026
- Les interactions entre plantes et médicaments existent : le NHS indique qu’une plante prise avec un médicament peut avoir des effets nocifs ou empêcher le médicament d’agir. Ce risque concerne aussi les tisanes et les compléments.
- Le millepertuis est l’exemple le mieux documenté : le NCCIH lui associe des interactions avec des antidépresseurs, la pilule contraceptive, un immunosuppresseur, des antiépileptiques, des médicaments du cœur, du VIH, des anticancéreux, un anticoagulant et des statines.
- Le ginkgo peut augmenter le risque de saignement chez les personnes sous anticoagulant ; la réglisse a été associée à des effets cardiaques graves à fortes quantités ; le pamplemousse, bien que non médicinal, modifie l’effet de plusieurs médicaments (FDA).
- Niveau de preuve : ces sources décrivent des interactions et des risques identifiés, mais elles ne chiffrent pas le risque individuel ; en l’absence de signalement pour une plante, rien ne garantit qu’elle est sans danger.
- Le bon réflexe : signaler toutes les plantes et compléments à votre médecin et à votre pharmacien, en particulier avant une opération, et ne jamais modifier un traitement de votre propre initiative.
Certaines plantes peuvent modifier l’effet d’un médicament, au point de le rendre moins efficace ou d’augmenter ses effets indésirables. On y pense rarement avant de prendre une tisane ou un complément, et pourtant l’information est précieuse pour le médecin comme pour le pharmacien. Cet article présente les exemples les mieux documentés et les réflexes à adopter.
Il fait partie de notre dossier sur la phytothérapie et ses précautions. Les sources citées sont le NCCIH et la FDA américains et le NHS britannique, que nous n’avons pas pu compléter par une source française ; elles servent de repères d’information, et ne sont pas des textes réglementaires français.
Qu’est-ce qu’une interaction entre une plante et un médicament ?
On parle d’interaction lorsqu’une substance modifie l’effet d’une autre prise en même temps. Le NHS résume le risque en deux issues possibles : une plante associée à certains médicaments « peut avoir des effets nocifs » ou « empêcher le médicament d’agir ». Le NCCIH précise que les compléments alimentaires peuvent interagir avec les médicaments, sur ordonnance ou non.
Le cas du pamplemousse, décrit par la FDA, illustre un mécanisme : de nombreux médicaments sont dégradés par une enzyme intestinale (CYP3A4), que le jus de pamplemousse bloque, si bien que davantage de médicament entre dans le sang et y reste plus longtemps. L’ampleur de l’effet varie selon la personne, le médicament et la quantité de jus. Une interaction peut donc être invisible au quotidien et n’apparaître qu’au moment d’associer deux produits.
Quels exemples d’interactions sont les mieux documentés ?
Pourquoi le millepertuis est-il l’exemple le plus cité ?
Le NCCIH précise que le millepertuis peut interagir avec de nombreux médicaments : certains antidépresseurs, les pilules contraceptives, la ciclosporine (utilisée pour prévenir le rejet d’une greffe), des antiépileptiques, des médicaments du cœur, des antirétroviraux contre le VIH, des anticancéreux, la warfarine (un anticoagulant) et certaines statines. Dans sa page sur l’usage raisonné des compléments, il écrit que le millepertuis « rend de nombreux médicaments moins efficaces ».
Associé à certains antidépresseurs ou à d’autres médicaments agissant sur la sérotonine, il peut provoquer des effets indésirables graves liés à la sérotonine. Le NCCIH rapporte aussi des réactions cutanées sévères au soleil, ainsi que, chez l’enfant allaité, des coliques, de la somnolence et de la léthargie. Il indique qu’il pourrait être dangereux pendant la grossesse. En pratique, le millepertuis ne doit jamais être commencé sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien si vous suivez un traitement.
Le ginkgo augmente-t-il le risque de saignement ?
D’après le NCCIH, le ginkgo « peut augmenter le risque de saignement » chez les personnes qui prennent des anticoagulants, comme la warfarine, et peut interagir avec d’autres médicaments. Les extraits de feuilles sont jugés probablement sûrs pour la plupart des adultes à des quantités modérées, mais les graines fraîches sont toxiques par voie orale. Le NCCIH signale des effets indésirables courants (vertiges, troubles digestifs, maux de tête) et indique que le ginkgo pourrait être dangereux pendant la grossesse, avec un risque d’accouchement prématuré ou de saignement s’il est utilisé près du terme. On sait peu de choses sur sa sécurité pendant l’allaitement.
Nous n’avons pas ouvert de source qui chiffre ce risque : si vous prenez un anticoagulant, ne commencez pas de ginkgo sans l’avis de votre médecin.
Que faut-il savoir sur le pamplemousse ?
Le pamplemousse n’est pas une plante médicinale, mais c’est un cas d’école. La FDA cite parmi les médicaments concernés certaines statines (simvastatine, atorvastatine), un médicament de la tension (nifédipine), la ciclosporine, un anxiolytique (buspirone), un corticoïde utilisé dans les maladies inflammatoires de l’intestin (budésonide) et un médicament du rythme cardiaque (amiodarone). Pour un antihistaminique (fexofénadine), l’effet inverse est décrit : moins de médicament entre dans le sang. Les noms de marque cités par la FDA sont américains ; ce sont les molécules qui comptent.
La FDA conseille de demander à votre médecin ou à votre pharmacien si votre médicament est concerné, de lire la notice, de vérifier sur les étiquettes la présence de pamplemousse dans les jus, et, si le médicament interagit, d’éviter aussi les oranges de Séville, les pomelos et les tangélos, qui peuvent avoir un effet similaire. La page date de 2021.
La réglisse pose-t-elle problème ?
La réglisse contient de la glycyrrhizine. Le NCCIH indique qu’elle peut provoquer des effets graves, comme un rythme cardiaque irrégulier et un arrêt cardiaque, surtout à fortes quantités ou en usage prolongé. Même de petites quantités ont été associées à des effets sévères chez les personnes qui consomment beaucoup de sel, qui ont de l’hypertension ou des maladies du cœur ou des reins. Des interactions avec les corticoïdes ont été rapportées. Pendant la grossesse, de grandes quantités d’extrait de réglisse par voie orale sont jugées dangereuses, car elles augmentent le risque d’accouchement avant terme ; on sait peu de choses sur l’allaitement.
Le NCCIH présente la réglisse déglycyrrhizinée (privée de glycyrrhizine) comme pouvant être sûre par voie orale pour une durée limitée : lisez la composition du produit et demandez conseil à un pharmacien.
Qui est le plus exposé, et que penser des compléments combinés ?
Qui est le plus exposé aux interactions ?
Le NHS déconseille les plantes médicinales à qui prend certains médicaments, notamment des statines, des antidépresseurs, des médicaments du diabète comme la metformine, des médicaments de la tension comme le ramipril, la warfarine et la pilule combinée. Il les déconseille aussi pendant la grossesse et l’allaitement, et chez l’enfant, faute de connaissances suffisantes sur leur sécurité.
Cela ne signifie pas que toute plante interagit avec tout médicament, mais que l’on ne peut pas le savoir sans vérification. Plus un traitement est long, complexe ou à marge de sécurité étroite, plus l’avis d’un pharmacien est utile : nous n’avons toutefois pas ouvert de source qui classe les situations à risque, et nous ne dressons donc pas de liste plus détaillée.
Que penser des compléments qui combinent plusieurs plantes ?
Le NCCIH avertit que « ce qui figure sur l’étiquette n’est pas toujours ce qui se trouve dans le produit ». Des produits ont contenu des médicaments sur ordonnance ou des ingrédients non déclarés, et un terme comme « standardisé » ne garantit ni la qualité ni la constance. Quand plusieurs plantes sont réunies dans un même produit, il devient difficile d’identifier laquelle peut interagir avec votre traitement.
Pour limiter les risques, introduisez un produit à la fois, lisez la composition et montrez l’emballage à votre pharmacien. Pour les critères d’achat et de conservation, voir comment bien acheter et conserver ses plantes.
Quelles idées reçues exposent aux interactions ?
- « Naturel, donc sans danger. » Les exemples ci-dessus montrent des interactions importantes avec des produits d’origine végétale ou alimentaire. Le NCCIH rappelle que les compléments peuvent nuire lorsqu’ils sont associés à certains médicaments.
- « Une tisane n’est pas un médicament. » Le NHS parle de « plantes médicinales » sans distinguer la forme : en cas de traitement, demandez l’avis d’un pharmacien avant de prendre une plante.
- « Je le dirai si on me le demande. » Le NHS et le NCCIH conseillent de signaler spontanément les plantes et compléments que vous prenez.
Quels sont les bons réflexes ?
Quels sont les bons réflexes ?
- Signalez à votre médecin et à votre pharmacien toutes les plantes, tisanes et compléments que vous prenez, avec le nom exact du produit.
- Demandez l’avis d’un pharmacien avant de commencer une plante si vous suivez un traitement, y compris un médicament sans ordonnance.
- Prévenez l’équipe médicale bien avant une opération : le NCCIH indique que certains compléments peuvent augmenter le risque de saignement ou modifier la réponse à l’anesthésie.
- Ne modifiez jamais un traitement de votre propre initiative pour faire de la place à une plante.
- Soyez attentif à tout changement après le début d’un produit, par exemple un saignement inhabituel, un rythme cardiaque irrégulier ou les effets liés à la sérotonine mentionnés plus haut, et consultez en cas de doute.
Ces réflexes font partie des règles pour utiliser les plantes en toute sécurité.
Où se renseigner pour vérifier une interaction ?
Le NHS recommande de toujours vérifier d’abord avec un pharmacien avant de prendre une plante, si l’on prend déjà un autre médicament, y compris sans ordonnance. La FDA renvoie, pour sa part, à la notice du médicament et à la fiche d’information destinée aux patients. Nous n’avons pas pu ouvrir de source française (ANSM, Vidal, ANSES) pour compléter ces repères ; en France, le pharmacien et le médecin restent vos interlocuteurs.
Et pour le confort digestif ?
Les plantes souvent prises après les repas sont généralement présentées comme des gestes de confort, mais elles ne sont pas toutes sans précaution ni sans interactions possibles. Nous les passons en revue dans les plantes et le confort digestif.
Questions fréquentes
Quelle plante interagit avec la pilule contraceptive ?
Le NCCIH cite les pilules contraceptives parmi les médicaments qui peuvent interagir avec le millepertuis, et le NHS range la pilule combinée parmi les médicaments qui se combinent mal avec des plantes. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute plante si vous prenez la pilule.
Peut-on boire des tisanes avec un traitement ?
Le NHS recommande de toujours demander l’avis d’un pharmacien avant de prendre une plante si l’on prend déjà un autre médicament, car certaines plantes peuvent avoir des effets nocifs ou empêcher le médicament d’agir. Signalez vos tisanes à votre médecin et à votre pharmacien.
Le ginkgo est-il dangereux avec les anticoagulants ?
Le NCCIH indique que le ginkgo peut augmenter le risque de saignement chez les personnes qui prennent des anticoagulants comme la warfarine. Il ne doit pas être associé à ces traitements sans l’avis de votre médecin.
Pourquoi le pamplemousse interagit-il avec les médicaments ?
Selon la FDA, son jus bloque une enzyme intestinale qui dégrade de nombreux médicaments : davantage de médicament entre dans le sang et y reste plus longtemps, ce qui peut augmenter les effets indésirables. Demandez à votre pharmacien si votre médicament est concerné.
Qui peut vérifier une interaction entre une plante et un médicament ?
Le pharmacien est le premier interlocuteur recommandé par le NHS, avant de prendre une plante en même temps qu’un médicament. La notice du médicament peut aussi mentionner certaines interactions, comme le rappelle la FDA pour le pamplemousse. Apportez-lui le nom ou l’emballage du produit.
Faut-il prévenir avant une opération si l’on prend des plantes ?
Oui. Le NCCIH indique que certains compléments peuvent augmenter le risque de saignement ou modifier la réponse à l’anesthésie, et recommande d’en informer l’équipe médicale bien avant l’intervention, en lui disant tous les compléments pris.
Pour aller plus loin
- Risques de la phytothérapie : interactions et précautions
- Principe de la phytothérapie : statuts des plantes et précautions
- Ginkgo biloba : usages, niveau de preuve et précautions
- Millepertuis et dépression : preuves, interactions et précautions
Sources
- NCCIH : St. John’s wort — médicaments avec lesquels le millepertuis peut interagir, effets indésirables, grossesse (mise à jour mai 2025)
- NCCIH : Ginkgo — risque de saignement avec les anticoagulants, sécurité, grossesse (mise à jour février 2025)
- NCCIH : Licorice root — glycyrrhizine, effets cardiaques, interactions avec les corticoïdes, grossesse (mise à jour avril 2025)
- NCCIH : Using dietary supplements wisely — interactions avec les médicaments, chirurgie et anesthésie, fiabilité des étiquettes (mise à jour janvier 2019)
- FDA : Grapefruit juice and some drugs don’t mix — mécanisme enzymatique, médicaments concernés, conduite à tenir (contenu à jour en 2021)
- NHS : Herbal medicines — médicaments qui se combinent mal avec des plantes, avis du pharmacien, grossesse, enfants (revue en mai 2026)
Relisez les règles pour utiliser les plantes en sécurité et nos conseils pour acheter et conserver ses plantes.
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

