Mis à jour le 9 octobre 2026
- La musicothérapie, menée par un thérapeute formé, se distingue de la simple écoute de musique proposée par des soignants (« music medicine » dans les études) ; les résultats les plus constants concernent la première.
- Dans la dépression, la musicothérapie ajoutée aux soins habituels réduit les symptômes à court terme (preuve de certitude modérée) selon une revue Cochrane de 2017 ; elle n’a pas été étudiée comme un remplacement.
- Chez les personnes atteintes de cancer, une revue Cochrane de 2021 évoque une possible baisse de l’anxiété, de la dépression et de la douleur, mais la plupart des résultats reposent sur des preuves de certitude faible ou très faible.
- Dans la démence, une revue Cochrane de 2025 conclut à peu de bénéfices clairs : effet probable mais léger sur la dépression, pas d’amélioration probable de l’agitation.
- Aucun effet indésirable notable n’est rapporté dans ces revues, mais la musique ne remplace ni un traitement ni une consultation médicale.
La musicothérapie est une approche qui utilise la musique (écoute, chant, jeu instrumental, improvisation) avec un objectif de santé ou de bien-être, guidée par un thérapeute formé. Les revues scientifiques de la collaboration Cochrane lui trouvent des bénéfices possibles dans la dépression, l’anxiété ou certains contextes de soins, mais avec des niveaux de preuve très variables et des résultats parfois nuls selon l’objectif visé.
Cet article présente ce que ces revues établissent réellement, indication par indication, ce qu’elles n’établissent pas, et les précautions à connaître. Il ne s’agit pas d’une alternative à un traitement : dans les études citées, la musique est proposée en complément des soins.
Qu’est-ce que la musicothérapie, et en quoi diffère-t-elle d’écouter de la musique ?
Les revues Cochrane font une distinction utile. D’un côté, la musicothérapie, dispensée par un thérapeute formé, qui s’appuie sur la relation et sur des expériences musicales adaptées à la personne. De l’autre, la « music medicine », c’est-à-dire l’écoute de musique préenregistrée proposée par le personnel soignant. Dans la revue de 2021 consacrée aux personnes atteintes de cancer, la musicothérapie conduite par un thérapeute formé a montré des bénéfices plus constants que l’écoute de musique préenregistrée, dont les résultats étaient inconsistants.
On distingue aussi la musicothérapie active (faire de la musique) et la musicothérapie réceptive (écouter). Pour la dépression, les auteurs de la revue Cochrane de 2017 indiquent ne pas savoir si l’une des deux formes est préférable, la certitude des preuves étant très faible.
Concrètement, écouter une playlist qui vous plaît est une pratique agréable, mais ce n’est pas de la musicothérapie au sens des études : le cadre, le thérapeute et les objectifs ne sont pas les mêmes.
La musicothérapie peut-elle aider en cas de dépression ou d’anxiété ?
La revue Cochrane de 2017 consacrée à la dépression est l’une des synthèses les plus solides sur le sujet. Elle conclut que la musicothérapie ajoutée aux soins habituels semble réduire les symptômes dépressifs par rapport aux soins habituels seuls, avec une certitude modérée pour des effets importants, tant mesurés par des cliniciens que rapportés par les patients. Ces effets sont de court terme.
Les auteurs relèvent aussi une amélioration de l’anxiété et du fonctionnement (maintien de l’activité, des relations). La qualité de vie ne s’est en revanche pas améliorée de façon significative, avec une certitude faible. Les effets indésirables n’étaient ni plus ni moins fréquents qu’avec les soins habituels seuls.
Deux limites importantes : d’une part, les comparaisons avec une psychothérapie reposent sur très peu de petites études, et les auteurs disent ne pas savoir si la musicothérapie fait mieux ; d’autre part, le petit nombre d’études limite la confiance. Elle ne se substitue donc ni à un antidépresseur ni à une psychothérapie prescrits : elle a été évaluée en plus des soins.
Que montrent les études chez les personnes atteintes de cancer ?
La mise à jour 2021 de la revue Cochrane réunit 81 essais randomisés ou quasi randomisés totalisant 5 576 participants, dont 38 sur la musicothérapie et 43 sur la « music medicine ». Les auteurs concluent que les interventions musicales pourraient réduire l’anxiété et la dépression, augmenter l’espoir, atténuer la douleur et la fatigue, et provoquer une petite baisse de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle.
Ces résultats doivent être lus avec prudence :
- la plupart reposent sur des preuves de certitude faible ou très faible, et les auteurs recommandent d’interpréter les résultats avec précaution ;
- la majorité des essais présentaient un risque élevé de biais ;
- aucune amélioration n’a été démontrée sur l’humeur, la détresse ou le fonctionnement physique, peu d’essais les ayant mesurés ;
- chez l’enfant, seuls sept essais pédiatriques étaient inclus : aucune conclusion ferme n’est possible ;
- aucun effet indésirable n’a été rapporté.
Pour une personne suivie pour un cancer, la musique peut donc s’envisager comme un soutien, à discuter avec l’équipe soignante. Elle n’a aucun rôle démontré dans le traitement de la maladie elle-même.
Et pour la maladie d’Alzheimer ou les autres démences ?
La revue Cochrane de 2025 sur les interventions musicales dans la démence a inclus 30 essais randomisés pour 1 720 personnes. Ses conclusions sont mesurées : comparées aux soins habituels, ces interventions améliorent probablement un peu la dépression (certitude modérée) et améliorent peut-être les troubles du comportement dans leur ensemble (certitude faible). Elles n’améliorent probablement pas l’agitation ou l’agressivité (certitude modérée), et aucun bénéfice clair n’a été montré sur le bien-être émotionnel, l’anxiété, le comportement social ou les fonctions cognitives.
Aucun bénéfice durable n’a été observé quatre semaines ou plus après les séances, mais peu d’études ont mesuré cet aspect. Les effets indésirables sont probablement peu fréquents, sans dommage grave documenté, même si leur recueil était inégal.
En pratique, la musique peut procurer un moment agréable à une personne atteinte de démence et à son entourage. Elle ne doit pas être présentée comme une façon de ralentir la maladie, ce que ces données ne montrent pas.
La musique peut-elle réduire l’anxiété avant une opération ?
Une revue Cochrane de 2013 a rassemblé 26 essais (2 051 participants) comparant l’écoute de musique associée aux soins habituels aux soins habituels seuls avant une intervention. Tous les essais utilisaient de la musique préenregistrée. Les auteurs concluent que l’écoute peut réduire l’anxiété préopératoire, avec aussi un petit effet sur la fréquence cardiaque et la pression diastolique, et sans effet indésirable identifié.
La revue note cependant que la plupart des essais présentaient un risque élevé de biais, notamment faute d’aveugle, et invite à la prudence. Elle n’a pas non plus évalué des critères comme la cicatrisation ou la durée d’hospitalisation. Si vous redoutez une intervention, parlez-en à l’équipe médicale et à l’anesthésiste : la musique peut compléter l’accompagnement proposé, jamais remplacer ce qu’ils vous prescrivent.
Quelles précautions et quand consulter un médecin ?
Dans les revues citées, elle n’est pas associée à des effets indésirables notables. Cela ne dispense pas de quelques réflexes :
- informer votre médecin de la démarche, surtout si vous êtes suivi pour une maladie ou un trouble psychique ;
- vous renseigner sur la formation et l’expérience du praticien, la qualité de l’encadrement étant l’un des points sur lesquels les études insistent (les bénéfices les plus constants viennent de thérapeutes formés) ;
- vous méfier de toute promesse de résultat ou de remplacement d’un traitement ;
- ne jamais interrompre un traitement de votre propre initiative.
Consultez un médecin si une tristesse, une anxiété ou une fatigue persistent, si votre sommeil ou votre appétit changent durablement, ou si vous avez des idées de mort ; dans ce dernier cas, demandez de l’aide sans attendre, auprès d’un médecin ou des services d’urgence. Nous n’avons pas pu vérifier le cadre français de la profession de musicothérapeute (diplômes, statut) : renseignez-vous auprès de l’établissement ou de la structure concernée.
Questions fréquentes
Quelle différence entre musicothérapie active et réceptive ?
La musicothérapie active consiste à faire de la musique (chant, instruments, improvisation) et la musicothérapie réceptive à écouter de la musique. Pour la dépression, les auteurs de la revue Cochrane de 2017 ne savent pas si l’une est meilleure que l’autre, la certitude des preuves étant très faible.
Suffit-il d’écouter de la musique chez soi ?
Écouter de la musique est agréable, mais ce n’est pas de la musicothérapie au sens des études. Dans la revue Cochrane de 2021 sur le cancer, l’écoute de musique préenregistrée offerte par les soignants a donné des résultats inconsistants, alors que la musicothérapie menée par un thérapeute formé a donné des bénéfices plus constants.
La musicothérapie peut-elle remplacer un antidépresseur ou une psychothérapie ?
Non. Dans la revue Cochrane de 2017, elle a été évaluée en complément des soins habituels. Les auteurs ne savent pas si elle fait mieux qu’une psychothérapie, les preuves étant de faible à très faible certitude. N’arrêtez jamais un traitement sans l’avis de votre médecin.
La musicothérapie calme-t-elle l’agitation dans la maladie d’Alzheimer ?
Selon la revue Cochrane de 2025, les interventions musicales n’améliorent probablement pas l’agitation ou l’agressivité des personnes atteintes de démence (certitude modérée). Elles améliorent probablement un peu la dépression, mais les bénéfices clairs restent peu nombreux et non durables.
La musique peut-elle aider à moins stresser avant une opération ?
Une revue Cochrane de 2013 indique que l’écoute de musique préenregistrée peut réduire l’anxiété avant une intervention, sans effet indésirable identifié. Les auteurs invitent toutefois à la prudence, car la plupart des essais présentaient un risque élevé de biais. Parlez-en à l’équipe médicale.
La musicothérapie présente-t-elle des risques ?
Les revues Cochrane consultées n’ont pas identifié d’effet indésirable notable : aucun dans les essais sur le cancer, ni plus ni moins que les soins habituels dans la dépression, et probablement peu fréquents dans la démence. La musicothérapie reste un complément et ne remplace ni un traitement ni une consultation.
Pour aller plus loin
- Aromathérapie scientifique : ce que disent vraiment les études
- Auriculothérapie : ce que disent les études, risques et précautions
- Hypnose pour arrêter de fumer : preuves, limites et alternatives
- Lunettes anti lumière bleue : ce que disent les études
Sources
- Cochrane : Music therapy for depression (2017) — dépression : effets à court terme en complément des soins, certitude des preuves, comparaisons incertaines
- Cochrane : Music interventions for people with cancer (2021) — cancer : 81 essais, anxiété, dépression, douleur, fatigue ; certitude faible ou très faible ; thérapeute formé ou écoute préenregistrée
- Cochrane : Music-based therapeutic interventions for people with dementia (2025) — démence : peu de bénéfices clairs, dépression probablement un peu améliorée, agitation non améliorée
- Cochrane : Music interventions for preoperative anxiety (2013) — anxiété préopératoire : écoute de musique préenregistrée, risque de biais élevé
- OMS Europe : What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being? (2019) — synthèse générale sur les arts et la santé, hétérogénéité des études (non spécifique à la musique)
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

