Mis à jour le 9 octobre 2026
- L’art-thérapie propose de dessiner, peindre, modeler ou composer pour exprimer ce que les mots disent mal ; elle ne demande aucun talent artistique, car l’attention porte sur le processus plus que sur l’œuvre.
- Un rapport de l’OMS Europe (2019), fondé sur plus de 3 000 études, relie la participation aux arts à la prévention des maladies et à la promotion de la santé, mais il porte sur les arts en général, pas sur l’art-thérapie en tant que soin.
- Les revues Cochrane consultées sur l’art-thérapie (schizophrénie, démence) ne permettent pas de conclure : les essais sont rares et petits, et le niveau de preuve est faible à très faible.
- À ce jour, aucune source consultée ne démontre qu’elle réduit le stress ou l’anxiété dans la population générale ; elle ne remplace ni un suivi médical ni une psychothérapie.
- Face à une souffrance qui dure, un médecin ou un psychologue reste le premier interlocuteur ; l’art-thérapie peut s’envisager en complément, avec l’accord de l’équipe qui vous suit.
L’art-thérapie est une pratique d’accompagnement qui s’appuie sur la création (dessin, peinture, collage, modelage, musique) pour aider une personne à exprimer ce qu’elle ressent. L’art-thérapie en naturopathie est parfois proposée comme approche de bien-être, mais son intérêt thérapeutique reste, à ce jour, peu démontré par les essais cliniques disponibles.
Cet article reprend ce que disent des sources publiques : un rapport de l’OMS sur les arts et la santé, trois revues Cochrane et la position de la Mayo Clinic sur la gestion du stress. Il précise ce qui est établi, ce qui ne l’est pas, et les repères utiles avant de se lancer.
Qu’est-ce que l’art-thérapie, et quelle place a-t-elle en naturopathie ?
L’art-thérapie désigne l’usage de la création artistique comme support d’un accompagnement. Le dessin, la peinture, le modelage ou la musique servent de relais lorsque la parole seule est difficile. Dans cette approche, l’attention porte sur l’acte de créer et sur ce qu’il fait émerger, pas sur la qualité esthétique du résultat. Aucun niveau artistique n’est donc attendu.
En naturopathie, l’art-thérapie est le plus souvent présentée comme une pratique de bien-être qui s’ajoute à d’autres conseils d’hygiène de vie. Elle ne constitue pas un traitement médical. Le terme recouvre en outre des pratiques très variées selon les praticiens, leur formation et le public accueilli : atelier ponctuel, séances individuelles, groupe. Cette diversité complique la comparaison des études, ce qui explique en partie la prudence des revues scientifiques.
Il faut aussi distinguer l’art-thérapie d’une activité artistique de loisir. La seconde se pratique librement et sans objectif de soin ; la première suppose un cadre posé par un praticien, avec un but d’accompagnement. Les deux relèvent de logiques différentes, et les études ne mesurent pas la même chose.
Que disent les études sur l’efficacité de l’art-thérapie ?
Les résultats disponibles sont limités. Trois revues Cochrane, consultées pour cet article, illustrent bien l’état des connaissances.
- Schizophrénie. La revue Cochrane sur l’art-thérapie dans la schizophrénie et les troubles schizophréniformes n’a retenu que deux essais contrôlés randomisés, soit 137 participants au total. Ses auteurs indiquent ne pas pouvoir tirer de conclusions définitives sur les effets bénéfiques ou délétères. Elle relève une petite différence sur un score de symptômes négatifs, sans différence nette sur le fonctionnement social à court terme ni sur la qualité de vie. Cette revue date de 2005 : elle n’inclut pas les travaux plus récents.
- Démence. La revue Cochrane publiée en 2018 conclut que les données sont insuffisantes pour établir l’efficacité de l’art-thérapie chez les personnes atteintes de démence. Elle repose sur deux essais (88 personnes randomisées) et classe le niveau de preuve comme « très faible » selon la méthode GRADE.
- Danse-thérapie et dépression. La danse-thérapie est une pratique voisine (thérapie par le mouvement). La revue Cochrane de 2015 repose sur trois essais randomisés (147 participants) et ne permet pas de conclure à son efficacité sur la dépression, avec des preuves de faible à très faible qualité.
Ces constats ne signifient pas que l’art-thérapie est inefficace : ils indiquent que les essais disponibles sont trop peu nombreux et trop petits pour trancher. Les auteurs de ces revues appellent à des études de meilleure qualité.
Que montre le rapport de l’OMS sur les arts et la santé ?
Le rapport de synthèse de l’OMS Europe publié en novembre 2019 (Health Evidence Network, n° 67) s’appuie sur plus de 3 000 études. Il conclut à un rôle important des arts dans la prévention des maladies, et les associe aussi à la promotion de la santé et à la prise en charge de certaines maladies tout au long de la vie.
Ce rapport doit être lu avec deux nuances. D’une part, il traite de la participation aux arts au sens large (pratiquer, écouter, visiter), pas spécifiquement de l’art-thérapie menée par un praticien. D’autre part, les études qu’il rassemble sont de conceptions très variées : de simples études pilotes ou études de cas jusqu’à des essais randomisés et de grandes cohortes. Le niveau de preuve est donc hétérogène d’une conclusion à l’autre.
En pratique, ce rapport soutient l’idée qu’une activité artistique régulière peut trouver sa place dans une démarche de santé globale. Il ne démontre pas qu’une technique d’art-thérapie donnée produit un effet précis sur une maladie ou un symptôme.
L’art-thérapie peut-elle aider à mieux gérer le stress ?
À ce jour, aucune des sources consultées ne démontre qu’elle réduit le stress ou l’anxiété dans la population générale. On ne peut donc ni l’affirmer ni l’exclure, et les promesses de résultat rapide, fréquentes dans les offres commerciales, ne reposent pas sur des preuves.
Ce que disent en revanche les sources sur la gestion du stress est plus général. La Mayo Clinic cite, parmi les stratégies utiles, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un sommeil suffisant. Elle mentionne aussi la relaxation (respiration, yoga, méditation), l’écriture d’un journal, les loisirs et les relations sociales. Un loisir créatif peut donc s’inscrire dans cette logique de détente, sans qu’on puisse lui attribuer un effet mesuré.
Si le stress s’installe et ne cède pas aux mesures d’hygiène de vie, la Mayo Clinic recommande de consulter un professionnel de santé : un conseiller ou un psychologue peut aider à repérer les sources de stress et à construire des stratégies adaptées.
Pour qui, et avec quelles précautions ?
Les sources consultées ne définissent pas de public pour lequel l’art-thérapie serait recommandée. Les essais existants ont porté sur des populations précises (schizophrénie, démence, dépression) et ont comparé l’art-thérapie à des soins habituels ou à d’autres activités. Dans l’essai sur la schizophrénie, elle était ajoutée aux soins standards, non substituée à eux.
Quelques précautions de bon sens s’imposent :
- ne jamais interrompre ni remplacer un traitement ou un suivi en cours pour une séance de ce type ;
- informer son médecin ou son psychologue si l’on commence un accompagnement artistique en période de fragilité ;
- se méfier de toute promesse de guérison, de résultat garanti ou de « libération » d’un trouble ;
- quitter un cadre qui force l’expression ou l’interprétation d’une production : un accompagnement sérieux respecte votre rythme et vos limites.
Les revues consultées ne permettent pas de décrire précisément les effets indésirables éventuels, faute de données suffisantes. Elles ne les excluent pas non plus.
Comment choisir un praticien et que demander avant de commencer ?
Les sources ouvertes pour cet article ne précisent pas le statut des art-thérapeutes en France ni les formations reconnues. Il est donc prudent de poser vous-même quelques questions au premier contact :
- Quelle est la formation du praticien, et dans quel cadre exerce-t-il (cabinet, établissement de soins, association) ?
- Comment se déroulent les séances, et à quoi servent-elles dans votre situation précise ?
- Travaille-t-il en lien avec les professionnels de santé qui vous suivent ?
- Quel est le tarif, et que se passe-t-il si vous souhaitez arrêter ?
Un praticien qui promet une guérison, qui déconseille un suivi médical ou qui demande un engagement long dès la première séance doit vous alerter. Si vous êtes accompagné par un service de soins (hôpital, centre médico-psychologique), demandez-lui si des ateliers créatifs y sont proposés.
Quand consulter un médecin ou un psychologue ?
Consultez si une tristesse, une anxiété, une fatigue psychique ou des troubles du sommeil durent, s’aggravent ou gênent votre vie quotidienne, professionnelle ou relationnelle. Un médecin peut rechercher une cause médicale et orienter vers une prise en charge validée. Un psychologue ou un psychiatre peut proposer un accompagnement adapté.
Si vous avez des idées noires ou des pensées de vous faire du mal, ne restez pas seul : contactez sans attendre un médecin ou les services de secours. L’art-thérapie n’est pas adaptée à une situation de crise.
Questions fréquentes
Faut-il savoir dessiner pour pratiquer l’art-thérapie ?
Non : le principe de la démarche est de s’exprimer par la création sans viser un résultat esthétique. Les sources consultées ne précisent toutefois pas de prérequis, et la manière de procéder varie d’un praticien à l’autre. Demandez comment se déroulent les séances avant de vous engager.
L’art-thérapie peut-elle remplacer un suivi psychologique ou médical ?
Non, rien ne permet de l’affirmer. Dans l’essai évalué par la revue Cochrane sur la schizophrénie, l’art-thérapie était comparée à des soins standards en complément de ces soins, pas à leur place. Si vous suivez un traitement, ne l’arrêtez pas sans l’avis de votre médecin.
L’art-thérapie a-t-elle fait ses preuves pour la démence ?
Pas à ce jour. La revue Cochrane de 2018 (deux essais, 88 personnes randomisées) juge les données insuffisantes et le niveau de preuve très faible. Cela n’exclut pas un intérêt pour certaines personnes, mais cela n’est pas démontré.
Existe-t-il des preuves pour la dépression ?
Pour la danse-thérapie, pratique voisine, la revue Cochrane de 2015 ne conclut pas à une efficacité, avec des preuves de faible à très faible qualité. Pour l’art-thérapie elle-même, aucune source consultée ne le démontre. En cas de dépression, un médecin peut proposer des prises en charge validées.
Peut-on dessiner ou peindre seul chez soi pour se détendre ?
Oui, cela relève du loisir. La Mayo Clinic cite les loisirs et l’écriture parmi les stratégies de gestion du stress, à côté du sommeil, de l’activité physique et d’une alimentation équilibrée. Il s’agit d’une détente, pas d’un soin, et cela n’exclut pas de consulter si la souffrance persiste.
Les arts sont-ils bons pour la santé en général ?
Le rapport de l’OMS Europe de 2019, fondé sur plus de 3 000 études, relie la participation aux arts à la prévention des maladies et à la promotion de la santé. Il porte sur les arts en général et non sur l’art-thérapie, et ses études sont de qualité variable.
Pour aller plus loin
- Aromathérapie scientifique : ce que disent vraiment les études
- Musicothérapie : ce que disent les études, limites et précautions
- Fertilité et naturopathie : ce que disent les études
- Accompagnement en naturopathie : apports, limites et précautions
Sources
- OMS Europe : What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being? (2019) — rôle des arts dans la prévention et la santé, études de conceptions variées
- Cochrane : Art-thérapie dans la schizophrénie ou les troubles schizophréniformes — deux essais, 137 participants, pas de conclusion définitive (revue de 2005)
- Cochrane : Art-thérapie chez les personnes atteintes de démence — données insuffisantes, preuve de très faible niveau (revue de 2018)
- Cochrane : Danse-thérapie pour la dépression — pas de conclusion possible, preuves de faible à très faible qualité (revue de 2015)
- Mayo Clinic : Chronic stress puts your health at risk — stratégies de gestion du stress et quand consulter (juillet 2026)
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

