Mis à jour le 9 octobre 2026
- Une enquête américaine de 2002 auprès de 3 680 femmes atteintes d’endométriose a observé que la fibromyalgie y était plus de deux fois plus fréquente qu’en population générale ; elle repose toutefois sur des déclarations des participantes, avec des biais reconnus par ses auteurs.
- À ce jour, les sources consultées ne démontrent ni que l’une de ces maladies provoque l’autre, ni qu’elles partagent une cause établie.
- Les deux maladies partagent des symptômes comme la fatigue et la douleur, ce qui complique le diagnostic ; elles se distinguent par leur mécanisme et leur prise en charge.
- Pour la fibromyalgie, l’Inserm place l’activité physique adaptée et les approches psychosociales en première intention ; pour l’endométriose, le traitement hormonal est proposé en première intention contre la douleur.
- Aucune des sources consultées ne valide un régime alimentaire précis pour l’une ou l’autre de ces maladies ; une douleur persistante justifie un avis médical.
Oui, la fibromyalgie et l’endométriose peuvent coexister chez une même personne, et une enquête américaine ancienne a observé une association entre les deux. En revanche, aucune des sources médicales consultées ne démontre qu’elles ont une cause commune ni que l’une entraîne l’autre.
Cet article distingue ce qui est établi, ce qui est observé sans être expliqué et ce qui reste inconnu, puis rappelle comment chaque maladie est reconnue et prise en charge, et quand consulter.
Fibromyalgie et endométriose : de quelles maladies parle-t-on ?
Selon l’Inserm, la fibromyalgie est un syndrome de douleur chronique diffuse, sans cause organique identifiable, associé à une hypersensibilité à la pression, à de la fatigue, à des troubles cognitifs et à des troubles du sommeil. L’Inserm la décrit aujourd’hui comme une douleur dite nociplastique, et non plus comme une maladie psychosomatique. Elle concernerait environ 1,5 à 2 % des adultes, avec des données encore imprécises, et serait plus fréquente chez les femmes, sans que toutes les études le confirment.
L’endométriose est une maladie gynécologique caractérisée par la présence, en dehors de l’utérus, de tissu proche de la muqueuse utérine. Ces lésions réagissent aux hormones et peuvent saigner à chaque cycle. L’Inserm l’estime présente chez environ une femme sur dix en âge de procréer. Le symptôme principal est une douleur pelvienne récurrente, souvent intense pendant les règles ; d’autres douleurs peuvent survenir hors règles, lors des rapports sexuels, à la miction ou à la défécation, et la maladie peut aussi être sans symptôme.
Ce sont donc deux maladies distinctes, avec des mécanismes différents : l’une touche le traitement de la douleur par le système nerveux, l’autre des lésions localisées dans le bassin ou à proximité.
Existe-t-il un lien démontré entre les deux ?
Une association a été observée, mais un lien de cause à effet n’est pas démontré. L’étude la plus souvent citée est une enquête publiée en 2002 dans la revue Human Reproduction, présentée par les instituts nationaux de santé américains (NICHD). Elle portait sur 3 680 femmes ayant un diagnostic d’endométriose confirmé par chirurgie, issues d’une enquête menée en 1998 auprès des membres d’une association de patientes. Les chercheurs ont comparé leurs réponses à celles de la population générale : la fibromyalgie y était plus de deux fois plus fréquente. Le syndrome de fatigue chronique, certaines maladies auto-immunes, l’hypothyroïdie et les allergies étaient eux aussi plus fréquemment déclarés.
Les limites de cette enquête sont importantes. Les informations étaient déclarées par les participantes, et non vérifiées par des professionnels ; les répondantes avaient pu adhérer à l’association en raison de leurs douleurs ; l’échantillon était en grande majorité composé de femmes blanches et diplômées. Les auteurs ont conduit une analyse de sensibilité pour vérifier que les écarts persistaient malgré ces biais, mais l’enquête ne peut pas dire pourquoi les deux maladies se rencontrent plus souvent.
Par ailleurs, les pages de l’Inserm sur l’endométriose et la fibromyalgie ne mentionnent pas l’autre maladie, et celle de la Mayo Clinic sur la fibromyalgie ne cite pas l’endométriose parmi les affections associées, qu’elle énumère ainsi : syndrome de l’intestin irritable, troubles de l’articulation de la mâchoire, cystite interstitielle, migraines, anxiété et dépression. Ce silence ne prouve rien, mais il invite à ne pas présenter le lien comme établi.
Pourquoi les symptômes sont-ils si faciles à confondre ?
La fatigue est un point commun. Selon l’Inserm, elle touche environ trois personnes sur quatre atteintes de fibromyalgie ; selon la Mayo Clinic, elle fait aussi partie des symptômes possibles de l’endométriose, avec des diarrhées, une constipation, des ballonnements ou des nausées. La douleur, elle, est un symptôme central des deux maladies.
Les troubles digestifs et urinaires entretiennent la confusion. Le Manuel MSD indique que le diagnostic d’endométriose est souvent retardé de plusieurs années, avec des erreurs fréquentes (maladie inflammatoire pelvienne, infection urinaire, syndrome du côlon irritable), et que la cystite interstitielle est fréquente chez ces patientes. La Mayo Clinic précise que le syndrome de l’intestin irritable peut coexister avec l’endométriose et compliquer le diagnostic.
Pour la fibromyalgie, l’Inserm rappelle que le diagnostic repose sur des scores de douleurs diffuses et de symptômes associés, car il n’existe ni lésion ni marqueur biologique ; il faut écarter d’autres maladies, notamment thyroïdiennes ou rhumatismales, et l’effet de certains médicaments. Ces particularités expliquent qu’une personne puisse porter un diagnostic sans que l’autre ait été recherchée, et inversement.
Comment chaque maladie est-elle diagnostiquée et prise en charge ?
Endométriose. Le diagnostic est évoqué à partir des symptômes ; la confirmation repose sur la visualisation directe des lésions, le plus souvent par coelioscopie, selon le Manuel MSD. L’échographie pelvienne et l’IRM aident surtout à repérer certaines formes. L’Inserm indique que le traitement hormonal est proposé en première intention pour réduire les douleurs, et que la chirurgie est envisagée en cas d’échec ; des centres experts régionaux prennent en charge les situations complexes.
Fibromyalgie. L’Inserm décrit une prise en charge de première intention non médicamenteuse : activité physique adaptée, personnalisée et encadrée, thérapie cognitivo-comportementale, hypnothérapie, éducation thérapeutique et soutien des associations de patients. Le yoga, le qi gong et le tai-chi sont également envisageables. Les médicaments (antalgiques, antiépileptiques, antidépresseurs) viennent en seconde intention, pour un usage ponctuel, avec une efficacité partielle et variable.
Lorsque les deux diagnostics coexistent, la prise en charge est donc à construire avec les médecins qui suivent chacune des deux maladies, en précisant à chacun l’ensemble de vos symptômes et de vos traitements.
Que peut-on faire au quotidien pour mieux vivre avec ces douleurs ?
Les mesures décrites par l’Inserm pour la fibromyalgie sont l’activité physique adaptée à votre condition, la gestion du stress, et le recours à des approches psychocorporelles. L’Inserm note que le stress et certaines postures aggravent les symptômes, alors que la relaxation et l’activité physique les améliorent. Il signale aussi la kinésiophobie, c’est-à-dire la peur du mouvement, qui peut dégrader la condition physique : un accompagnement par un professionnel de l’activité physique adaptée ou un kinésithérapeute peut aider à reprendre progressivement.
Concernant l’alimentation, il faut être prudent. Une alimentation variée et équilibrée est utile pour la santé en général, mais aucune des sources consultées ne valide un régime anti-inflammatoire ou une exclusion alimentaire précise dans la fibromyalgie ou dans l’endométriose. Évitez les exclusions importantes sans avis médical ou diététique, et ne substituez jamais un régime à un traitement. Les sources citées ne démontrent pas l’intérêt des compléments alimentaires ou des plantes pour ces deux maladies, et ces produits peuvent interagir avec des traitements : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’en prendre.
Un accompagnement en hygiène de vie, y compris par un naturopathe, ne remplace ni le diagnostic, ni le traitement hormonal ou chirurgical de l’endométriose, ni la prise en charge médicale de la fibromyalgie.
Quand consulter ?
Consultez un médecin si vous avez des douleurs pelviennes récurrentes, des règles très douloureuses, des douleurs lors des rapports sexuels, à la miction ou à la défécation, ou une difficulté à concevoir. La Mayo Clinic recommande de consulter dès que des symptômes évocateurs d’endométriose apparaissent, un diagnostic précoce permettant une prise en charge adaptée.
Consultez également si vous ressentez des douleurs diffuses persistantes, une fatigue importante, un sommeil non réparateur ou des difficultés de concentration. Le médecin recherchera d’autres causes possibles, comme une maladie thyroïdienne ou rhumatismale, ou l’effet d’un médicament, avant de retenir le diagnostic de fibromyalgie.
Si vous avez déjà l’un des deux diagnostics, signalez toute douleur nouvelle ou différente plutôt que de l’attribuer d’emblée à la maladie connue. N’arrêtez jamais un traitement de votre propre initiative. Si vous vous sentez découragée, déprimée ou en détresse, parlez-en rapidement à un professionnel de santé : l’Inserm souligne que l’anxiété et la dépression sont fréquentes dans la fibromyalgie.
Questions fréquentes
L’endométriose peut-elle provoquer une fibromyalgie ?
À ce jour, aucune source consultée ne démontre que l’endométriose provoque une fibromyalgie. Une enquête de 2002 a observé davantage de fibromyalgie chez des femmes atteintes d’endométriose, mais elle repose sur des déclarations et ne permet pas de conclure à une cause. Un avis médical est nécessaire pour faire la part des deux maladies.
Peut-on confondre une fibromyalgie et une endométriose ?
Les deux maladies partagent la douleur et la fatigue, et l’endométriose est souvent diagnostiquée avec plusieurs années de retard selon le Manuel MSD. Elles se distinguent par la nature de la douleur : douleur pelvienne souvent liée aux règles pour l’endométriose, douleur diffuse sans lésion identifiable pour la fibromyalgie. Seul un médecin peut les différencier.
Une alimentation anti-inflammatoire améliore-t-elle ces maladies ?
Aucune des sources consultées (Inserm, Mayo Clinic, Manuel MSD) ne valide un régime anti-inflammatoire pour la fibromyalgie ou l’endométriose. Une alimentation équilibrée reste utile pour la santé générale. Évitez les exclusions importantes sans avis médical ou diététique, et ne remplacez aucun traitement par un régime.
Faut-il faire du sport avec une fibromyalgie ?
Selon l’Inserm, l’activité physique adaptée, personnalisée et encadrée fait partie de la prise en charge de première intention de la fibromyalgie. Le yoga, le qi gong et le tai-chi sont aussi envisageables. L’Inserm signale que la peur du mouvement peut dégrader la condition physique ; un professionnel peut vous aider à reprendre progressivement.
La fibromyalgie touche-t-elle seulement les femmes ?
Non. L’Inserm estime sa fréquence chez l’adulte à 1,5 à 2 % et indique qu’elle serait plus élevée chez les femmes, sans que toutes les études le confirment ; la Mayo Clinic cite le sexe féminin comme facteur de risque. Les causes exactes restent discutées : une origine multifactorielle est évoquée.
Les compléments alimentaires ou les plantes peuvent-ils aider ?
Les sources citées dans cet article ne démontrent pas l’intérêt des compléments alimentaires ou des plantes dans la fibromyalgie ou l’endométriose, et ces produits peuvent interagir avec des médicaments. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant tout achat. Pour la fibromyalgie, l’Inserm cite d’autres approches non médicamenteuses, comme le yoga, le qi gong et le tai-chi.
Pour aller plus loin
- Endométriose et naturopathie : ce que disent les sources
- Endométriose et cupping thérapie : ce que disent les études
- Endométriose et naturopathie : ce que disent les sources
- Endométriose et sexualité : douleurs, causes et accompagnement
Sources
- Inserm : Fibromyalgie (dossier du 29 juin 2021) — définition, fréquence, symptômes, diagnostic, prise en charge de première intention
- Inserm : Endométriose (dernière modification juillet 2024) — définition, fréquence, symptômes, causes, traitement hormonal et chirurgie
- Mayo Clinic : Fibromyalgia, symptoms and causes — affections associées à la fibromyalgie, symptômes
- Mayo Clinic : Endometriosis, symptoms and causes — symptômes, syndrome de l’intestin irritable associé, consultation
- Manuel MSD : Endométriose — retard diagnostique, confusions fréquentes, coelioscopie, cystite interstitielle
- NICHD (NIH, États-Unis) : Women with endometriosis have higher rates of some diseases (26 septembre 2002) — enquête sur 3 680 femmes, fibromyalgie plus fréquente, limites de l’étude
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

