Mis à jour le 9 octobre 2026
- Naturel ne signifie pas inoffensif : Vidal rappelle que de nombreuses plantes sont toxiques et que des plantes peuvent interagir avec des médicaments.
- Le millepertuis interagit avec un très grand nombre de substances, dont la pilule contraceptive, des antidépresseurs et des anticoagulants.
- Maladies chroniques, grossesse, allaitement, intervention chirurgicale : un avis médical ou pharmaceutique est nécessaire avant d’utiliser une plante.
- Une plante ne doit jamais remplacer un traitement prescrit ; signalez à votre médecin ou à votre pharmacien toutes les plantes que vous prenez.
- Les produits à base de plantes peuvent relever du statut de médicament : l’ANSM contrôle leur mise sur le marché et alerte sur les risques de falsification.
Les risques de la phytothérapie, qui consiste à utiliser des plantes ou des extraits de plantes dans un but de santé, sont réels : effets indésirables, allergies et interactions avec les médicaments. Les sources de référence insistent sur un point : le caractère naturel d’une plante ne garantit pas son innocuité.
Cet article présente les principaux risques documentés par Vidal et l’ANSM, les situations qui appellent une vigilance renforcée, et les réflexes à adopter. Il ne recommande l’usage d’aucune plante pour un trouble donné.
Une plante naturelle est-elle forcément sans danger ?
Non. Vidal l’écrit sans ambiguïté : tout ce qui est naturel n’est pas inoffensif. Beaucoup de plantes sont très toxiques. Un produit à base de plantes peut aussi devenir dangereux par de mauvaises conditions de conservation, par une confusion entre deux plantes proches, ou par une association avec un médicament. Vidal cite l’exemple de l’anis étoilé : la variété chinoise a été interdite en France en 2001 puis a été de nouveau autorisée en pharmacie en 2007, tandis qu’une variété japonaise proche, confondue avec elle, contient des composés toxiques pouvant provoquer des convulsions.
Vidal mentionne parmi les composés toxiques les alcaloïdes (présents chez 15 à 20 % des plantes à fleurs), certains hétérosides et certaines protéines, comme dans la graine de ricin. L’ANSM, de son côté, signale que les médicaments à base de plantes sont particulièrement exposés aux risques de falsification, à cause de leur nature et de leur statut.
Quelles plantes interagissent avec des médicaments ?
Le millepertuis est la plante la mieux documentée sur ce point. Selon la fiche Vidal, il interagit avec plus de 70 substances ou familles de médicaments : son principe actif, l’hyperforine, active une enzyme du foie qui accélère l’élimination de nombreux médicaments et peut réduire leur effet. Sont notamment concernés :
- les pilules contraceptives orales, dont l’efficacité peut diminuer ;
- les antidépresseurs, les anticoagulants, les antiépileptiques et les triptans (médicaments de la migraine) ;
- la plupart des médicaments du rythme cardiaque et des traitements du VIH, certains médicaments contre le cholestérol, certaines chimiothérapies, les immunosuppresseurs, certains anti-inflammatoires et antalgiques.
Vidal indique d’autre part que le ginkgo, l’ail et le gingembre peuvent renforcer l’effet des anticoagulants oraux et augmenter le risque de saignement. La fiche sur les maladies chroniques ajoute à cette liste, parmi les plantes pouvant s’ajouter à l’effet anticoagulant, le ginseng, la canneberge, le saule blanc et le palmier nain.
Pour le millepertuis, la fiche précise aussi la photosensibilité (éruptions, démangeaisons en cas d’exposition au soleil ou aux lampes à bronzer), le déconseil en cas de trouble bipolaire, car il peut déclencher des épisodes maniaques, et la nécessité d’un suivi médical. En cas de grossesse, la fiche indique que l’OMS et les NIH déconseillent son usage. Toute association d’une plante avec un médicament doit donc être validée par un médecin ou un pharmacien.
Quelles précautions en cas de maladie chronique ou de traitement ?
Vidal recommande aux personnes atteintes d’une maladie chronique d’utiliser les plantes médicinales avec précaution, car un produit à base de plantes ne doit ni aggraver la maladie, ni provoquer de rechute, ni interagir avec les médicaments prescrits. Quelques exemples cités :
- Allergies : des plantes proches d’allergènes connus peuvent déclencher des réactions, comme la camomille (famille des astéracées) ; des allergies croisées existent, par exemple entre le fenouil et l’armoise, ou entre l’allergie à l’aspirine et le saule blanc ;
- Maladies du foie : avis médical préalable ; Vidal liste plusieurs plantes toxiques pour le foie, dont le kava, la grande consoude et la valériane ;
- Maladies des reins : avis médical préalable ; la réglisse, la grande consoude, la griffe du chat ou la salsepareille sont déconseillées, et l’aristoloche a provoqué des insuffisances rénales ;
- Maladies auto-immunes : les plantes stimulant l’immunité (échinacée, rhodiola, curcuma notamment) peuvent aggraver les symptômes ;
- Cancers hormonodépendants (sein, utérus) : les plantes riches en phytoestrogènes, comme le trèfle rouge, l’actée à grappes noires, le gattilier ou le soja, ne s’utilisent que sous contrôle médical.
Ne cessez jamais un traitement prescrit au profit d’une plante. Informez votre médecin, votre pharmacien et votre dentiste de toutes les plantes que vous prenez, même s’ils ne les approuvent pas : certains effets, hépatiques, rénaux ou sur la coagulation, ne se révèlent qu’à l’analyse de sang. Avant une opération ou un soin dentaire invasif, prévenez l’équipe médicale et l’anesthésiste, car plusieurs plantes perturbent la coagulation.
Et pendant la grossesse, l’allaitement ou chez l’enfant ?
Vidal recommande de demander l’avis d’un professionnel de santé avant de prendre un produit à base de plantes pendant la grossesse ou l’allaitement. Les personnes épileptiques, selon la même source, doivent éviter les plantes aromatiques. Pour l’enfant, la fiche Vidal sur la sécurité d’emploi ne détaille pas de règle générale ; les monographies de chaque plante indiquent le plus souvent un âge minimal (par exemple 12 ans pour l’ortie dans la monographie européenne), et l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien est indispensable.
S’agissant des huiles essentielles, qui sont des préparations très concentrées, l’ANSM précise que quinze d’entre elles, dont l’absinthe, le thuya, la sauge et la rue, présentent un rapport bénéfice-risque négatif en raison de propriétés neurotoxiques, irritantes, phototoxiques ou cancérogènes, et sont réservées aux pharmacies. Les femmes enceintes et les enfants doivent demander un avis médical préalable, en particulier pour un usage oral.
Comment limiter les risques au quotidien ?
Plusieurs réflexes découlent des sources consultées :
- demander conseil à un pharmacien avant d’acheter ou d’associer un produit à base de plantes, y compris en cas de simple tisane ou de complément (Vidal, ANSM) ;
- respecter les consignes d’emploi, car un mésusage augmente le risque de toxicité (ANSM) ;
- acheter dans des circuits de confiance : l’ANSM rappelle que les plantes de la pharmacopée française sont réservées aux pharmaciens, sous réserve de dérogations, et que les médicaments à base de plantes vendus en spécialité nécessitent une autorisation de mise sur le marché ou un enregistrement ;
- consulter si le trouble persiste ou s’aggrave après quelques jours (ANSM) ;
- signaler tout effet indésirable à un professionnel de santé ; Vidal indique qu’il est possible de le déclarer en ligne sur le portail officiel de signalement.
En cas de réaction allergique importante, de gêne respiratoire ou de gonflement du visage après la prise d’une plante, appelez les urgences (15 ou 112).
Sites cités dans l’article d’origine : ANSM ; OMS – Traditional, complementary and integrative medicine ; NCBI – revue scientifique sur les plantes médicinales.
Questions fréquentes
Le millepertuis peut-il réduire l’efficacité de la pilule ?
Oui. D’après la fiche Vidal, le millepertuis accélère l’élimination de nombreux médicaments, dont les pilules contraceptives orales, dont l’efficacité peut diminuer. Parlez-en à un médecin ou à un pharmacien avant toute association.
Quelles plantes augmentent le risque de saignement avec un anticoagulant ?
Vidal cite le ginkgo, l’ail et le gingembre, ainsi que le ginseng, la canneberge, le saule blanc et le palmier nain. Si vous suivez un traitement anticoagulant, demandez l’avis de votre médecin avant toute plante.
Faut-il arrêter les plantes avant une opération ?
Vidal indique que de nombreuses plantes perturbent la coagulation. Informez l’équipe médicale, l’anesthésiste et le dentiste de toutes les plantes que vous prenez, afin qu’ils décident de la conduite à tenir.
La phytothérapie est-elle compatible avec une maladie chronique ?
Cela dépend de la maladie et de la plante. Vidal recommande de demander l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien, car certaines plantes peuvent aggraver une maladie du foie, des reins, une maladie auto-immune ou un cancer hormonodépendant.
Les produits à base de plantes sont-ils contrôlés ?
Cela dépend du statut. L’ANSM précise qu’une spécialité à base de plantes exige une autorisation de mise sur le marché ou un enregistrement. L’agence signale aussi un risque de falsification pour ces produits.
Peut-on prendre des plantes pendant la grossesse ?
Vidal recommande de demander l’avis d’un professionnel de santé avant tout produit à base de plantes pendant la grossesse ou l’allaitement. Pour le millepertuis, la fiche indique que l’OMS et les NIH déconseillent l’usage pendant la grossesse.
Pour aller plus loin
- Phytothérapie : usages traditionnels des plantes et précautions
- Utiliser les plantes en sécurité : 10 règles essentielles
- Phytothérapie et plantes médicinales : usages, preuves, précautions
- Compléments alimentaires : risques, précautions et bon usage
Sources
- Vidal : Utiliser les plantes en toute sécurité — naturel n’est pas inoffensif, interactions, grossesse, chirurgie (page de 2012)
- Vidal : Phytothérapie et maladies chroniques — précautions en cas de maladie chronique, interactions, ne pas arrêter un traitement
- Vidal : Millepertuis — interactions médicamenteuses, photosensibilité, trouble bipolaire, grossesse
- ANSM : Médicaments à base de plantes et huiles essentielles — statut, vente, falsification, huiles essentielles à risque
- Agence européenne des médicaments : monographie de l’ortie (feuille) — exemple de précautions d’une monographie (âge minimal, grossesse)
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

