Mis à jour le 9 octobre 2026
- Un complément alimentaire n’est pas anodin : il peut interagir avec un médicament, s’ajouter à d’autres apports, ou être pris pour un symptôme dont la cause n’a pas été recherchée.
- Un avis médical ou pharmaceutique est indispensable avant d’en prendre pendant la grossesse, l’allaitement, pour un enfant, en cas de traitement, de maladie chronique, de cancer ou avant une intervention.
- Plusieurs interactions sont documentées : millepertuis et nombreux médicaments, vitamine K et warfarine, antioxydants et certaines chimiothérapies, oméga-3 et anticoagulants.
- La vitamine A et l’huile de foie de poisson sont déconseillées pendant la grossesse selon le NHS ; le choix d’un complément se fait avec le médecin ou la sage-femme.
- Apportez à votre rendez-vous la liste de tout ce que vous prenez : compléments, plantes, vitamines, y compris ce qui vous semble anodin.
Un avis médical ou pharmaceutique est utile avant tout complément alimentaire, et indispensable dans plusieurs situations : grossesse, allaitement, enfant, traitement au long cours, maladie chronique, cancer, intervention chirurgicale ou symptôme persistant. Les compléments sont en vente libre, en pharmacie, en magasin ou en ligne, et leur présentation rassurante laisse penser qu’on peut les prendre sans réfléchir. Cet article fait partie de notre dossier sur les compléments alimentaires et la naturopathie.
Il s’appuie sur le NCCIH et l’ODS (instituts de santé américains), le NHS britannique, l’Organisation mondiale de la santé, la Mayo Clinic et l’Anses. Nous indiquons les points qui relèvent d’un contexte étranger.
Pourquoi un avis est-il parfois indispensable ?
Le NCCIH rappelle qu’un produit « naturel » n’est pas forcément sûr : les compléments à base de plantes peuvent nuire (le kava, par exemple, peut provoquer une atteinte du foie), et certains interagissent avec des médicaments. L’ODS précise que les effets indésirables sont plus probables avec de fortes doses, quand un complément est pris à la place d’un médicament prescrit, ou quand plusieurs compléments sont combinés. Le rôle du médecin ou du pharmacien est d’évaluer ces risques au cas par cas, en fonction de votre santé et de vos traitements.
Que faire pendant la grossesse ?
La grossesse demande le plus de prudence. Le NHS recommande l’acide folique avant la conception et pendant les premières semaines, ainsi que, selon les besoins, de la vitamine D, et du fer lorsque le taux de fer dans le sang est bas. Ces suppléments se discutent avec le médecin ou la sage-femme. À l’inverse, le NHS déconseille les compléments contenant de la vitamine A (rétinol), l’huile de foie de morue et le foie : un excès de vitamine A pourrait nuire au bébé.
L’ODS invite les femmes enceintes ou allaitantes à rester prudentes avec tout complément en dehors d’un complément prénatal standard, et le NCCIH rappelle que de nombreux produits n’ont pas été testés dans ces situations. Si vous suivez un régime restreint, par exemple végétalien, le NHS conseille d’en parler à une sage-femme ou à un médecin avant de vous appuyer sur des compléments. Les compléments « grossesse » du commerce ne sont pas tous équivalents : parlez de chaque produit à votre médecin ou à votre sage-femme.
Et pendant l’allaitement ?
L’ODS et le NCCIH recommandent la prudence : de nombreux compléments n’ont pas été étudiés chez les femmes qui allaitent. Les produits à base de plantes, notamment ceux présentés comme stimulant la lactation ou aidant à perdre du poids, sont à discuter avec un professionnel de santé avant utilisation.
Peut-on donner un complément à un enfant ?
L’ODS recommande de ne pas donner de complément à un enfant, sauf si son médecin le conseille, car beaucoup de produits n’ont pas été bien testés chez l’enfant. Ne lui donnez jamais un complément conçu pour les adultes. Pour toute demande concernant la concentration, l’immunité ou le sommeil de votre enfant, le pédiatre ou le médecin traitant est l’interlocuteur adapté.
Pourquoi les personnes âgées sont-elles particulièrement concernées ?
Selon l’OMS, plus on avance en âge, plus on est susceptible de cumuler plusieurs affections à la fois. Plus les traitements et les produits s’additionnent, plus le risque d’interaction est difficile à évaluer sans regard professionnel. Le NHS précise par exemple que les personnes âgées ne devraient pas prendre de compléments de potassium sans l’avis d’un médecin. Les besoins évoluent aussi avec l’âge : c’est au médecin d’évaluer ce qui est utile, plutôt que d’accumuler des produits du commerce.
Que faire en cas de maladie chronique ?
Lorsqu’une maladie est suivie, tout complément doit être validé par le médecin qui la suit. L’ODS recommande de consulter un professionnel de santé avant d’utiliser un complément pour traiter une affection, et d’obtenir son accord avant de l’utiliser avec ou à la place d’un traitement prescrit. Ne modifiez ni n’arrêtez jamais un traitement de votre propre chef.
Quelles interactions avec un traitement ?
C’est la situation la plus fréquente. Des exemples documentés :
- le millepertuis peut rendre de nombreux médicaments moins efficaces (NCCIH, ODS) ;
- la vitamine K peut contrecarrer l’action de la warfarine, un anticoagulant (ODS) ;
- les oméga-3 peuvent augmenter le risque de saignement avec des anticoagulants ou des antiagrégants, et s’ajouter à l’effet des médicaments contre l’hypertension (ODS, Mayo Clinic) ;
- certains compléments augmentent le risque de saignement ou modifient la réponse à l’anesthésie (NCCIH).
Votre médecin ou votre pharmacien peut vérifier ces risques : apportez-lui les emballages ou une liste précise de ce que vous prenez.
Peut-on prendre des compléments pendant un cancer ?
Pendant un traitement du cancer, aucun complément ne doit être pris sans l’accord de l’équipe qui vous soigne. L’ODS indique que des antioxydants comme les vitamines C et E peuvent réduire l’efficacité de certaines chimiothérapies. Le NHS déconseille par ailleurs les compléments de bêta-carotène aux fumeurs, car ils pourraient augmenter le risque de cancer du poumon. Les pages de l’Institut national du cancer n’ont pas pu être consultées pour cet article : l’équipe d’oncologie reste votre référence.
Que signaler avant une intervention chirurgicale ?
Le NCCIH recommande d’informer tous vos soignants de chaque complément que vous prenez, le plus tôt possible avant une opération, car certains augmentent le risque de saignement ou modifient la réponse à l’anesthésie. Mentionnez à la consultation préopératoire les plantes, vitamines et autres produits, y compris ceux qui vous semblent anodins ; l’équipe vous dira quoi arrêter et quand.
Que faire en cas de symptôme persistant ?
Fatigue qui dure, sommeil perturbé, douleurs, troubles digestifs, baisse de moral : il est tentant de chercher un complément adapté. Or un symptôme persistant mérite d’abord un avis médical, qui cherche sa cause. Prendre un complément avant ce diagnostic peut retarder la prise en charge. Si un produit promet de régler ces troubles à coup sûr, appliquez les réflexes décrits dans notre article sur les allégations trompeuses.
Régimes particuliers et sportifs : quelles précautions ?
Un régime restrictif (végétalien, sans gluten) se discute avec un professionnel de santé avant de compter sur des compléments, comme le conseille le NHS pour la grossesse. L’ODS rappelle aussi que les compléments ne remplacent pas une alimentation variée. Pour les sportifs, le NCCIH signale que le contenu d’un produit peut ne pas correspondre à l’étiquette et que certains produits ont contenu des médicaments non déclarés : la vigilance est particulièrement de mise pour des produits de performance achetés hors circuits connus.
Comment préparer l’échange avec son médecin ou son pharmacien ?
Rassemblez les emballages ou photographiez les étiquettes de tout ce que vous prenez, avec le nom, la quantité, la fréquence et la raison de la prise : l’ODS propose d’ailleurs une fiche de suivi imprimable. Avant de commencer un produit, l’ODS suggère de demander quels bénéfices et quels risques attendre, quelle dose, et comment, quand et pendant combien de temps le prendre. Reposez ces questions à chaque changement de situation, par exemple lors d’une grossesse ou d’une nouvelle prescription.
Si vous ressentez un effet indésirable, arrêtez le produit et parlez-en à votre médecin (NCCIH). Il peut être signalé à la nutrivigilance de l’Anses, dispositif ouvert aux professionnels de santé, aux fabricants et aux particuliers.
Qui consulter ?
Le médecin traitant connaît votre santé et vos traitements ; la sage-femme accompagne la grossesse ; le pharmacien peut être sollicité sur les compléments et les médicaments ; et, selon le NHS, un diététicien peut être sollicité pour couvrir vos besoins par l’alimentation. Pour comprendre les bases, lisez la micronutrition : définition et principes.
Questions fréquentes
Peut-on prendre des compléments pendant la grossesse ?
Certains sont recommandés, comme l’acide folique, mais le choix se fait avec le médecin ou la sage-femme. Le NHS déconseille la vitamine A (rétinol), l’huile de foie de morue et le foie, car un excès pourrait nuire au bébé.
Les compléments peuvent-ils interagir avec mes médicaments ?
Oui. Le millepertuis peut diminuer l’effet de nombreux médicaments, la vitamine K peut contrecarrer la warfarine et les oméga-3 peuvent augmenter le risque de saignement avec des anticoagulants. Parlez de chaque produit à votre médecin ou à votre pharmacien.
Peut-on prendre des compléments pendant un traitement contre le cancer ?
Uniquement avec l’accord de l’équipe qui vous soigne. L’ODS indique que des antioxydants comme les vitamines C et E peuvent réduire l’efficacité de certaines chimiothérapies.
Faut-il arrêter ses compléments avant une opération ?
Cela dépend du produit : certains augmentent le risque de saignement ou modifient la réponse à l’anesthésie (NCCIH). Signalez tout ce que vous prenez le plus tôt possible, l’équipe vous dira quoi arrêter.
Un complément vendu en pharmacie est-il sans risque ?
Pas forcément : les sources consultées ne distinguent pas le risque selon le lieu de vente, et un produit en pharmacie peut aussi provoquer des interactions ou des effets indésirables. L’avantage est de pouvoir demander conseil au moment de l’achat.
Peut-on donner un complément à un enfant ?
Pas sans avis de son médecin : l’ODS précise que de nombreux compléments n’ont pas été bien testés chez l’enfant. Ne lui donnez jamais un produit conçu pour les adultes.
Pour aller plus loin
- Compléments naturels pendant la grossesse : ce qu’il faut savoir
- Bien-être grossesse : repères, prudence et suivi médical
- Nutriments pendant la grossesse : folates, fer, calcium, vitamine D
- Compléments alimentaires : cadre, risques et précautions
Sources
- NCCIH (NIH) : utiliser les compléments alimentaires avec discernement — « naturel » et sécurité, interactions, chirurgie, grossesse, enfants, signalement d’un effet indésirable
- ODS (NIH) : compléments alimentaires, ce qu’il faut savoir — interactions (millepertuis, vitamine K, antioxydants et chimiothérapie), vitamine A et fer, grossesse, enfants, fiche de suivi
- NHS : vitamines, compléments et nutrition pendant la grossesse — compléments recommandés, vitamine A et huile de foie de morue à éviter, régimes restreints
- NHS : vitamines et minéraux, autres nutriments — bêta-carotène et fumeurs, potassium chez les personnes âgées
- Mayo Clinic : huile de poisson et oméga-3 — risque de saignement avec anticoagulants, interaction avec médicaments contre l’hypertension
- OMS : vieillissement et santé — cumul de plusieurs affections avec l’âge
Découvrez la micronutrition et comment repérer les allégations trompeuses.
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

