Mis à jour le 9 octobre 2026
- Une dérive sectaire est une emprise exercée par un individu ou un groupe, qui prive une personne d’une partie de son libre arbitre : ce n’est pas une pratique en soi, mais la sujétion qui pose problème.
- Selon la Miviludes, la santé et le bien-être sont le premier thème des signalements et demandes d’informations traités sur 2022-2024 (37 %).
- Signaux d’alerte : dénigrement de la médecine, incitation à arrêter un traitement, promesse de remède « miracle », rupture avec les proches, exigences financières excessives.
- La loi sanctionne l’abus frauduleux de l’état de faiblesse (loi de 2001) et, depuis la loi du 10 mai 2024, la provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins.
- En cas de doute, la Miviludes peut être contactée par la victime comme par un proche ; ne confrontez pas frontalement la personne et gardez le lien.
Dérives sectaires et naturopathie : le sujet concerne tout le champ du bien-être. Une dérive sectaire est une situation où un praticien, un « coach » ou un groupe exerce sur une personne une emprise qui la prive d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences sur sa santé, ses relations ou ses finances. Le phénomène concerne aussi les pratiques d’allure anodine, dont certaines revendiquent le nom de naturopathie : la Miviludes évoque elle-même des dévoiements constatés de cette pratique.
Cet article s’appuie sur les pages de la Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Il fait partie de notre dossier sur la naturopathie, la science et l’esprit critique.
Qu’est-ce qu’une dérive sectaire ?
La Miviludes définit la dérive sectaire comme la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, de pressions ou de techniques destinées à créer, maintenir ou exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique. Cet état la prive d’une partie de son libre arbitre et lui cause un préjudice, ainsi qu’à son entourage ou à la société.
Ce n’est donc ni une croyance ni une méthode de soin qui est visée en elle-même, mais l’emprise exercée sur la personne. Le terme de « dérive » désigne cette pente : une pratique proposée au départ librement peut glisser vers la pression, l’isolement et la dépendance.
Le bien-être est-il vraiment concerné ?
Oui. D’après la Miviludes, les domaines de la santé et du bien-être représentent le premier thème dominant des signalements et demandes d’informations traités entre 2022 et 2024, à 37 %. Viennent ensuite les cultes et spiritualités (35 %), puis la formation, l’emploi et la finance (13 %). Le nombre total de signalements et de demandes reçus était de 4 148 en 2022, 4 375 en 2023 et 4 571 en 2024.
La Miviludes note par ailleurs que la quête de bien-être et d’épanouissement personnel peut conduire des personnes vers des groupes aux pratiques potentiellement sectaires, et qu’une dérive peut détourner de son parcours de soins habituel. Sa page de questions fréquentes précise que tous les thérapeutes ne sont pas des professionnels de santé, et que les risques sont nettement plus élevés lorsqu’un non-professionnel de santé intervient.
Quels sont les critères utilisés par la Miviludes ?
La Miviludes s’appuie sur des critères qu’elle présente comme indicatifs et non exhaustifs. Plusieurs doivent être réunis pour caractériser un risque, et la déstabilisation mentale est toujours présente dans ces situations. Parmi eux :
- la déstabilisation mentale et la sujétion psychologique ou physique, avec perte d’esprit critique et d’autonomie ;
- la rupture avec l’environnement d’origine, notamment les proches et la famille ;
- un changement radical de comportement ;
- le refus de l’autre et le dénigrement du monde extérieur ;
- un groupe autoritaire et opaque, avec un chef charismatique ou un praticien référent exclusif ;
- la grande difficulté, voire l’impossibilité, de quitter le groupe ;
- des exigences financières exorbitantes ;
- l’offre de soins et de médicaments douteux, exclusive du recours aux pratiques conventionnelles ;
- un changement inquiétant des habitudes alimentaires.
Aucun de ces éléments ne suffit isolément : c’est leur accumulation qui doit alerter.
Comment l’emprise s’installe-t-elle dans le domaine de la santé ?
Les situations décrites par la Miviludes suivent souvent un schéma progressif : une écoute et une attention qui séduisent, puis une remise en cause des repères (soignants, entourage), puis une dépendance au praticien ou au groupe, avec des demandes croissantes de séances, de formations, de produits ou d’argent. Ce schéma est une lecture d’ensemble, pas une règle, mais il aide à comprendre pourquoi l’emprise est difficile à percevoir de l’intérieur.
L’écoute et le temps accordés peuvent réellement faire du bien, sans que cela valide les affirmations du praticien. Cette distinction est développée dans notre article sur l’effet placebo et son rôle dans le bien-être. Les méthodes pseudo-scientifiques s’appuient souvent sur ce ressenti ; pour les reconnaître, voir comment distinguer le sérieux du charlatanisme.
Quels signaux d’alerte pour soi ou pour un proche ?
Dans le champ de la santé, la Miviludes invite à se méfier d’un praticien qui :
- dénigre la médecine conventionnelle ;
- conseille d’arrêter un traitement ;
- promet une guérison « miracle » ou affirme être le seul à pouvoir soigner ;
- demande de couper les liens avec la famille ou les médecins ;
- emploie un vocabulaire pseudo-scientifique.
Dans le coaching et la formation, elle cite aussi la flatterie, le dénigrement de la famille et les invitations insistantes à de nouvelles formations ou retraites. La Miviludes signale en outre que certains praticiens utilisent des attributs de véritables professionnels de santé (titres, vocabulaire, vente de produits) pour apparaître comme tels.
Chez un proche, les changements à surveiller sont un discours nouveau et répétitif, un rejet soudain des soins, un éloignement des amis et de la famille, des dépenses importantes et inexpliquées, ou une fermeture dès que l’on interroge sa démarche.
Quelles conséquences sur la santé ?
La Miviludes documente des effets néfastes à moyen et long terme sur la santé : après la sortie d’un groupe, des personnes peuvent présenter des épisodes dépressifs, une souffrance post-traumatique, des troubles addictifs et, dans certains cas, une pathologie psychotique. Pour une personne gravement malade, le détournement du parcours de soins peut entraîner une perte de chance d’être soigné, voire de survivre à la maladie.
Une étude américaine publiée en 2018 dans le Journal of the National Cancer Institute illustre ce risque sans concerner spécifiquement les dérives sectaires : chez des patients atteints de cancers non métastatiques, le recours à une médecine alternative comme seul traitement était associé à un risque de décès plus élevé que les traitements conventionnels. Il s’agit d’une étude observationnelle, qui montre une association.
Que dit la loi ?
La Miviludes présente plusieurs textes. La loi du 12 juin 2001, dite About-Picard, a créé l’infraction d’abus frauduleux de l’état de faiblesse d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique (articles 223-15-2 à 223-15-4 du Code pénal).
La loi du 10 mai 2024 renforce la lutte contre les dérives sectaires. Elle donne une base légale aux missions de la Miviludes et crée deux infractions : le fait de placer ou de maintenir une personne en état de sujétion lorsqu’il en résulte des conséquences particulièrement préjudiciables, et la provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins. Cette seconde infraction vise le fait de pousser, par des pressions ou manœuvres répétées, une personne atteinte d’une pathologie à arrêter ou à ne pas commencer un traitement, lorsque cet abandon est présenté comme bénéfique alors qu’il est manifestement susceptible d’avoir des conséquences physiques ou psychiques particulièrement graves.
La loi prévoit aussi des dispositions aggravantes lorsque la victime est mineure, un allongement du délai de prescription, un élargissement des associations pouvant se porter partie civile et un rôle d’« amicus curiae » pour la Miviludes. Des infractions de droit commun sont également mobilisées dans les affaires de dérives sectaires, dont l’escroquerie et l’exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. Les peines ne sont pas détaillées sur les pages consultées ; reportez-vous aux textes pour les connaître.
Comment aider un proche sous emprise ?
La Miviludes recommande de rester à l’écoute et ouvert au dialogue, pour que la personne ne soit pas coupée du monde extérieur. Juger ou critiquer ouvertement ses choix, son praticien ou son groupe risque de faire perdre sa confiance. Elle conseille aussi de lui dire que vous êtes prêt à l’accueillir en cas de besoin, et de vous renseigner auprès de la Miviludes ou d’associations spécialisées pour comprendre le fonctionnement de l’emprise.
Si la personne a interrompu un traitement, encouragez-la à reprendre contact avec son médecin, sans pression ni reproche.
Qui contacter et comment signaler ?
La Miviludes propose un formulaire en ligne pour l’informer d’une dérive sectaire et un autre pour demander son avis. Elle publie une carte des contacts en région et une liste d’associations spécialisées. Lorsque les faits peuvent constituer une infraction pénale, elle examine la situation et transmet un signalement au procureur de la République compétent.
Vous pouvez aussi déposer plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur si des infractions ont pu être commises. En cas de manquement d’un professionnel de santé, la Miviludes indique de s’adresser à son ordre professionnel. Pour vérifier les qualifications d’un praticien de santé, elle recommande de questionner l’ordre concerné. En cas de danger immédiat pour une personne, contactez sans attendre les services d’urgence.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une dérive sectaire ?
C’est la mise en œuvre, par un groupe ou un individu, de pressions ou de techniques visant à créer, maintenir ou exploiter un état de sujétion psychologique ou physique, qui prive la personne d’une partie de son libre arbitre. C’est l’emprise qui pose problème, non la croyance ou la pratique en elle-même.
Le bien-être est-il concerné par les dérives sectaires ?
Oui. Selon la Miviludes, la santé et le bien-être sont le premier thème dominant des signalements et demandes d’informations traités entre 2022 et 2024, à hauteur de 37 %.
Comment savoir si un proche est sous emprise ?
Rejet soudain des soins, éloignement de l’entourage, dépenses importantes, discours répétitif emprunté à un praticien et fermeture face aux questions sont des signaux d’alerte. La Miviludes précise qu’un seul indicateur ne suffit pas et que plusieurs sont nécessaires.
Que faire si un proche refuse de voir le problème ?
La Miviludes conseille de rester à l’écoute, d’éviter de critiquer ouvertement le praticien ou le groupe, de garder le lien et de se renseigner auprès d’elle ou d’associations spécialisées.
Que dit la loi sur l’abandon de soins ?
La loi du 10 mai 2024 a créé l’infraction de provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins, lorsque l’arrêt d’un traitement est présenté comme bénéfique alors qu’il est manifestement susceptible d’avoir des conséquences particulièrement graves.
Comment signaler une situation à la Miviludes ?
Un formulaire en ligne permet d’informer la Miviludes d’une dérive sectaire. Elle examine la situation et, si les faits peuvent constituer une infraction, transmet un signalement au procureur de la République.
Pour aller plus loin
- Le statut et la déontologie du naturopathe : les règles à connaître
- Naturopathie et loi : ce que disent les sources en France
- Pourquoi la naturopathie ne remplace pas la médecine
- Pierres de lithothérapie et amour : ce que l’on sait vraiment
Sources
- Miviludes : Comment identifier une dérive sectaire ? — définition, critères indicatifs, conséquences sur la santé
- Miviludes : Que dit la loi ? — loi About-Picard de 2001, loi du 10 mai 2024, infractions de droit commun
- Miviludes : Comment aider un proche ? — signaux d’alerte en santé, conseils aux proches, plainte, ordres professionnels
- Miviludes : Signalements et demandes d’informations — répartition par thème 2022-2024 (santé et bien-être : 37 %), effectifs, suite donnée aux signalements
- Miviludes : La loi du 10 mai 2024 — contenu général de la loi et nouvelles infractions
- Miviludes : Vos questions les plus fréquentes — thérapeutes non professionnels de santé, dévoiements de pratiques comme la naturopathie
- Journal of the National Cancer Institute (2018) : Use of Alternative Medicine for Cancer and Its Impact on Survival — étude observationnelle sur la médecine alternative seule et la survie dans des cancers non métastatiques
Apprenez à distinguer le sérieux du charlatanisme et découvrez le rôle de l’effet placebo.
Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

