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Gemmothérapie : bourgeons, macérats, preuves et précautions

Information de bien-être. Cet article a une vocation éducative. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de santé. En cas de symptôme ou de maladie, consultez un médecin.

Mis à jour le 9 octobre 2026

En bref

  • La gemmothérapie utilise des macérats de bourgeons et de jeunes pousses de plantes, préparés dans un mélange de glycérine, d’eau et d’éthanol.
  • Les études disponibles sur ces macérats portent surtout sur leur composition chimique et sur des tests en laboratoire ; elles ne démontrent pas d’effet sur la santé chez l’humain.
  • Un produit n’est pas un médicament tant qu’il ne revendique pas d’action pharmacologique ; les allégations de prévention ou de traitement d’une maladie sont interdites pour les denrées et compléments alimentaires.
  • Grossesse, allaitement, enfants, traitement en cours et allergies appellent l’avis préalable d’un médecin ou d’un pharmacien.
  • Elle ne remplace ni un diagnostic ni un traitement prescrit : un symptôme qui dure se discute avec un médecin.

La gemmothérapie est une pratique de phytothérapie qui utilise les bourgeons et les jeunes pousses de plantes, le plus souvent sous forme de macérats concentrés. Elle est parfois proposée en complément d’une hygiène de vie, mais à ce jour, les sources officielles consultées ne lui reconnaissent aucune indication thérapeutique.

Cet article présente ce qu’est un macérat de bourgeons, ce que les analyses scientifiques en ont montré, la façon dont ces produits sont encadrés en France et les précautions à connaître avant d’en envisager l’usage.

Qu’est-ce que la gemmothérapie ?

La gemmothérapie consiste à utiliser des tissus végétaux en croissance, les bourgeons et les jeunes pousses, plutôt que la feuille, la fleur ou la racine d’une plante adulte. Une publication scientifique de 2022 dans la revue Plants décrit ces préparations comme des « macérats concentrés de bourgeons », obtenus à partir de tissus méristématiques par macération dans un mélange de glycérine, d’eau et d’éthanol.

Cette composition a une conséquence pratique : un macérat contient de l’alcool. Cela compte pour les personnes qui évitent l’alcool, pour les enfants et pour celles qui suivent un traitement susceptible d’interagir ; la question mérite d’être posée à un pharmacien avant tout achat.

Les cinq espèces analysées dans l’étude de 2022 sont l’aulne, le cassis, l’églantier, le romarin et le tilleul. D’autres espèces, comme le bouleau, sont évoquées dans la littérature grand public ; leur intérêt pour la santé n’est pas établi par les sources officielles consultées.

Que contiennent les macérats de bourgeons ?

Les chercheurs ayant analysé cinq macérats (aulne, cassis, églantier, romarin et tilleul argenté) ont identifié 57 composés répartis en huit grandes familles. Les nucléosides, les acides phénoliques et les flavonoïdes glycosylés étaient présents dans les cinq. L’églantier se distinguait par une teneur nettement plus élevée en flavonoïdes glycosylés et par la plus forte activité antioxydante mesurée dans des tests de laboratoire.

Ces résultats décrivent une composition et une activité mesurée en éprouvette. Ils ne testent aucun effet thérapeutique chez l’animal ou chez l’humain, et ne permettent donc pas de conclure qu’un macérat « agit » sur une fonction de l’organisme. Une activité antioxydante in vitro ne se traduit pas automatiquement par un bénéfice pour la santé.

Que montrent les études sur son efficacité ?

Dans l’état des sources ouvertes pour cet article, il n’existe pas d’évaluation officielle (ANSM, HAS, Assurance maladie) reconnaissant une indication aux macérats de bourgeons. Les données scientifiques repérées sont des analyses de composition et des tests en laboratoire, non des essais cliniques démontrant un bénéfice.

Il serait donc inexact d’affirmer que la gemmothérapie soutient le confort articulaire, la circulation, l’élimination ou l’équilibre nerveux, comme le font certaines présentations commerciales : à ce jour, aucune des sources consultées ne le démontre. L’absence de preuve ne signifie pas que ces préparations soient dangereuses ; elle signifie que leur intérêt n’est pas établi, et qu’il faut éviter de leur attribuer des effets précis.

Les mesures générales d’hygiène de vie (alimentation variée, sommeil suffisant, activité physique, gestion du stress) restent la base d’une démarche de bien-être.

Quel est le statut des macérats et que peut-on en dire sur l’étiquette ?

En France, un produit est considéré comme un médicament lorsqu’il est présenté comme traitant ou prévenant une maladie humaine, ou lorsqu’il exerce une action pharmacologique, immunologique ou métabolique. L’ANSM précise que les préparations à base de plantes et d’huiles essentielles peuvent, selon l’usage et les allégations, relever du médicament à base de plantes, du cosmétique ou d’autres catégories. Selon une autre page de l’ANSM, les médicaments à base de plantes ne peuvent être commercialisés sans autorisation délivrée par l’ANSM.

Lorsqu’un macérat est vendu comme complément alimentaire, la réglementation européenne sur les allégations s’applique. D’après la DGCCRF, seules sont utilisables les allégations autorisées après évaluation de l’EFSA ou celles « en attente », dont une grande partie concerne les plantes. Les allégations suggérant de prévenir, de traiter ou de guérir une maladie sont interdites, et les mentions « scientifiquement prouvé » ou « cliniquement prouvé » sont déconseillées.

L’Anses recommande que les compléments alimentaires portent la mention « Ce complément alimentaire n’est pas un médicament. En cas de symptômes persistants, consulter un médecin. » Si une étiquette promet de traiter une affection, c’est un signal d’alerte.

Quelles précautions prendre avant d’en utiliser ?

Le caractère « naturel » d’une préparation ne garantit pas son innocuité. Dans un avis d’avril 2023 sur les compléments alimentaires à base de plantes, l’Anses souligne que le fabricant est le premier responsable de la sécurité de son produit et que, pour de nombreuses plantes, les données de sécurité manquent pour certaines populations. Cet avis porte sur les plantes en général et non spécifiquement sur les bourgeons, mais il fournit un cadre prudent :

  • grossesse et allaitement : pour la grande majorité des plantes examinées, les données sont insuffisantes et l’usage n’est pas recommandé ; l’Assurance maladie indique de son côté que les huiles essentielles et les compléments alimentaires sont fortement déconseillés pendant la grossesse et qu’il faut demander l’avis d’un professionnel de santé avant tout produit « à base de plantes » ;
  • enfants : en l’absence de données, l’usage est en général déconseillé ;
  • interactions : des plantes aux effets pharmacologiques proches peuvent s’additionner, et des interactions avec des médicaments sont possibles ;
  • allergies : une personne allergique à une plante ou à une famille de plantes doit éviter les produits qui la contiennent.

Ne modifiez ni n’arrêtez jamais un traitement en cours sans l’avis de votre médecin. Si un effet indésirable apparaît, consultez un professionnel de santé et signalez-le au dispositif de nutrivigilance de l’Anses.

Comment aborder la gemmothérapie de façon raisonnée ?

Si vous souhaitez en discuter, parlez-en à votre pharmacien ou à votre médecin, en précisant vos traitements, une éventuelle grossesse et vos allergies. Vérifiez sur l’étiquette le nom botanique de la plante, la mention de l’alcool et l’absence d’allégation de traitement. Méfiez-vous des produits qui promettent un effet rapide ou qui incitent à multiplier les extraits.

Un symptôme qui dure, s’aggrave ou s’accompagne de fièvre, de douleur importante ou d’un essoufflement nécessite une consultation médicale, quelle que soit la préparation envisagée.

Questions fréquentes

Les macérats de bourgeons sont-ils des médicaments ?

Pas par principe. Un produit devient un médicament lorsqu’il est présenté comme traitant ou prévenant une maladie, ou lorsqu’il a une action pharmacologique, selon l’ANSM. Un macérat vendu comme complément alimentaire n’est pas un médicament et ne peut pas revendiquer de traiter une maladie.

La gemmothérapie convient-elle aux enfants ?

Les sources consultées ne permettent pas de la recommander. Dans son avis de 2023, l’Anses indique que, pour la plupart des plantes, le manque de données conduit à déconseiller l’usage chez l’enfant. Demandez l’avis d’un pédiatre ou d’un pharmacien, notamment parce que les macérats contiennent de l’éthanol.

Peut-on utiliser la gemmothérapie pendant la grossesse ?

Il est préférable de s’en abstenir sans avis médical. L’Assurance maladie déconseille fortement les huiles essentielles et les compléments alimentaires pendant la grossesse et demande l’avis d’un professionnel de santé pour tout produit à base de plantes. L’Anses note aussi que les données manquent pour la plupart des plantes.

La gemmothérapie peut-elle être associée à un traitement médical ?

Cela doit être discuté avec un médecin ou un pharmacien. L’Anses signale que des interactions entre ingrédients de compléments alimentaires et médicaments sont possibles, et que des effets indésirables peuvent s’additionner. N’arrêtez jamais un traitement prescrit de votre propre initiative.

Une mention « cliniquement prouvé » sur une étiquette est-elle fiable ?

Elle doit inciter à la prudence. La DGCCRF déconseille les mentions « scientifiquement prouvé » ou « cliniquement prouvé » et rappelle que les allégations suggérant de prévenir, de traiter ou de guérir une maladie sont interdites pour les denrées alimentaires, compléments inclus.

Où signaler un effet indésirable après la prise d’un complément ?

L’Anses recommande de consulter un professionnel de santé et de signaler l’effet au dispositif de nutrivigilance. Le médecin ou le pharmacien peut effectuer la déclaration ; vous pouvez aussi vous renseigner sur le site de l’Anses.

Pour aller plus loin

Sources

Information éducative ; elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.



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